Unity fusionne avec ironSource : le moteur devient une régie publicitaire ?

Mercredi 13 juillet, Unity a annoncé sa fusion avec ironSource. La nouvelle a fait l’effet d’un seau d’eau froide chez de nombreux développeurs. L’opération se fait entièrement en actions et valorise la société israélienne à environ 4,4 milliards de dollars. Pour beaucoup, Unity fusionne avec ironSource pour devenir avant tout une régie publicitaire, avec un moteur de jeu autour. Deux jours plus tard, la polémique n’est pas retombée. Le PDG d’Unity a même réussi à l’alimenter tout seul.

Unity fusionne avec ironSource : les termes du mariage

Sur le papier, il s’agit d’une fusion. Dans les faits, Unity absorbe ironSource. Les actionnaires d’Unity détiendront environ 73,5 % de la nouvelle entité, ceux d’ironSource le reste. John Riccitiello reste PDG. Tomer Bar-Zeev, le patron d’ironSource, rejoint l’équipe de direction. La finalisation est prévue pour la fin de l’année, sous réserve de l’accord des actionnaires.

L’opération s’accompagne d’un montage financier copieux. Silver Lake et Sequoia investissent 1 milliard de dollars dans Unity sous forme d’obligations convertibles. Unity prévoit en outre de racheter jusqu’à 2,5 milliards de dollars de ses propres actions. Les marchés, pourtant, n’ont pas applaudi : l’action Unity a chuté d’environ 17 % le jour de l’annonce. Quand Wall Street et les développeurs indépendants tombent d’accord, c’est qu’il se passe quelque chose de rare.

Mais qui est ironSource ?

Le nom parle peu aux joueurs PC. ironSource est pourtant un acteur majeur du jeu mobile. La société israélienne fournit des outils de monétisation : publicité intégrée aux jeux, acquisition d’utilisateurs, analyse des revenus. Elle possède aussi Supersonic, un éditeur de jeux mobiles « hypercasual », ces petits jeux gratuits financés par la publicité.

Le passé d’ironSource fait pourtant grincer des dents. L’entreprise a longtemps développé InstallCore, un outil d’installation de logiciels. De nombreux antivirus l’ont classé parmi les logiciels publicitaires indésirables, ceux qui installent des barres d’outils dont personne ne veut. Pour un moteur utilisé par des millions de développeurs, l’association avec ce nom passe mal. Les plus anciens se souviennent d’avoir passé des soirées entières à nettoyer le PC de leurs parents.

Pourquoi Unity fait ce choix

L’explication tient dans les comptes d’Unity. L’entreprise vend des licences de son moteur, mais une grande partie de ses revenus vient de ses services publicitaires pour le mobile. Or ce secteur a souffert l’an dernier. Apple a en effet limité le suivi des utilisateurs sur iOS, ce qui complique le ciblage des publicités.

Unity a ensuite connu un printemps difficile. En mai, l’entreprise a reconnu qu’une erreur dans les données de son outil publicitaire allait lui coûter plus de 100 millions de dollars de revenus cette année. Le cours de l’action a dégringolé dans la foulée. En juin, Unity a licencié environ 4 % de ses effectifs. Avec ironSource, l’entreprise mise donc sur la publicité mobile pour renouer avec la croissance. Elle espère combiner les données du moteur et celles de la régie pour proposer aux studios un circuit complet, de la création du jeu à sa monétisation.

John Riccitiello en rajoute une couche

Comme si la situation n’était pas assez tendue, le PDG d’Unity s’en est chargé. Dans une interview accordée au site PocketGamer.biz, John Riccitiello a défendu la place de la monétisation dès la conception d’un jeu. Il a qualifié les développeurs qui refusent d’y penser de « putains d’idiots », selon ses propres termes.

Dans la même interview, l’ancien patron d’EA précise viser une petite partie de l’industrie. Le mal est pourtant fait. Sur les réseaux sociaux, de nombreux développeurs indépendants ont réagi avec colère. Certains annoncent déjà regarder du côté d’Unreal ou de Godot. Pour une entreprise dont le slogan historique parle de démocratiser le développement de jeux, la sortie est maladroite. Insulter ses propres clients reste une stratégie marketing audacieuse, rarement couronnée de succès.

Ce que ça change pour les développeurs

Pour les studios qui utilisent Unity, rien ne change à court terme. Le moteur reste disponible, avec les mêmes licences et les mêmes outils. La question porte surtout sur les priorités futures. Unity investira-t-il autant dans son moteur que dans sa régie publicitaire ? Les développeurs PC et console, qui ne touchent pas à la publicité mobile, craignent de passer au second plan.

Certains redoutent aussi une intégration forcée des services d’ironSource dans le moteur. Unity n’a rien annoncé de tel. Pourtant, la logique de la fusion pousse dans ce sens : plus les développeurs utilisent la régie, plus l’opération devient rentable. Un studio qui conçoit un jeu PC payant n’a aucun intérêt à voir son outil de travail se transformer en vitrine publicitaire.

Enfin, cette affaire rappelle un risque bien connu. Dépendre d’un outil propriétaire, c’est aussi dépendre des choix stratégiques de son éditeur. Godot, libre et gratuit, prépare d’ailleurs sa version 4. Unreal Engine 5, sorti en avril, attire de son côté les studios en quête de réalisme. Les alternatives existent, même si changer de moteur en cours de projet coûte très cher.

Un moteur à la croisée des chemins

Unity reste aujourd’hui le moteur le plus utilisé du jeu mobile. Il équipe aussi de nombreux succès indépendants sur PC. Cette position solide lui laisse le temps de rassurer. Encore faut-il qu’il le veuille. Une feuille de route claire pour le moteur, publiée rapidement, calmerait sans doute une partie des inquiétudes.

Unity fusionne avec ironSource pour sécuriser ses revenus publicitaires. Le moteur gardera-t-il sa place au centre du projet, ou les développeurs devront-ils s’habituer à une régie publicitaire qui fournit aussi un éditeur de jeux ?

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