Certains jeux supplient qu’on les garde. Refund This Game fait exactement l’inverse : il vous invite à vous le faire rembourser, à condition de le finir avant que Steam ne referme la porte. Sorti le 12 octobre, ce jeu de plateforme transforme la règle du remboursement Steam en mécanique de jeu. Deux heures, pas une minute de plus.
Grimper vite pour récupérer ses 4,99 dollars
Le principe tient en une ligne de la page Steam : atteindre le sommet en moins de deux heures pour mériter son remboursement. Le jeu est signé dofhouse et Cactile Games. Il emprunte beaucoup à Getting Over It, le classique de Bennett Foddy qui a fait hurler tant de streamers. Ici, on joue à la première personne, armé d’une perche qu’on plante dans les murs, qu’on plie puis qu’on relâche pour se propulser vers le haut.
Au moindre faux pas, on dégringole jusqu’en bas. Le jeu n’accorde qu’un seul point de contrôle, que l’on peut récupérer pour le déplacer. Un chronomètre tourne à l’écran pendant toute l’ascension. Un succès Steam récompense ceux qui terminent dans les temps. Pour une fois, perdre son argent dépend uniquement de ses réflexes.
Le jeu coûte normalement 4,99 dollars, ramenés à 3,99 dollars jusqu’au 26 octobre. C’est sans doute le seul jeu du catalogue où une promotion fait baisser le gain potentiel. Les premiers avis sont plutôt positifs. Quelques joueurs ont réussi à finir à temps. D’autres ont échoué, comme cet utilisateur dont l’évaluation, publiée après exactement deux heures de jeu, se résume à un smiley triste.
Paddle Paddle Paddle, l’affaire qui a lancé le débat
Refund This Game répond à une polémique de l’été. Début juillet, Mateo Covic, alias Zoroarts, développeur solo de Paddle Paddle Paddle, a interpellé Valve publiquement. Son jeu coopératif de descente en radeau avait été remboursé plus de 55 000 fois. Beaucoup de joueurs l’avaient terminé en moins de deux heures avant de demander leur argent. Certains s’en vantaient même dans leur évaluation.
Le développeur avait prévu une durée de vie d’environ trois heures et demie. Les joueurs aguerris bouclaient pourtant l’aventure en une à deux heures. Il proposait notamment que Steam affiche une durée de jeu estimée sur la page du magasin, pour qu’un jeu court ne soit plus perçu comme trop court.
Les réactions se sont vite partagées en deux camps : ceux qui reprochaient au développeur d’avoir fait un jeu trop court et ceux qui reprochaient à Valve de laisser faire. Le curateur Indie Game Joe a relayé le sujet, qui a fini par remonter jusqu’à Covic. Celui-ci a d’ailleurs rappelé qu’il restait favorable au remboursement, malgré les abus. L’affaire a occupé les réseaux quelques semaines, puis l’actualité est passée à autre chose. Le malaise, lui, est resté chez beaucoup de petits studios.
Une règle qui a plus de dix ans
La règle n’a pas bougé depuis 2015. Steam rembourse sans justification tout achat de moins de quatorze jours, si le jeu a tourné moins de deux heures. À l’époque, c’était une petite révolution : Valve rattrapait enfin les magasins physiques. Le dispositif profite aussi aux développeurs, puisqu’il pousse des joueurs hésitants à acheter un jeu qu’ils n’auraient jamais tenté sans filet.
Le revers touche surtout les jeux courts. Un jeu narratif de 90 minutes ou un petit jeu d’horreur peut être terminé puis rendu, sans que cela soit techniquement un abus. Le cas extrême s’appelle This Game Costs 200 Dollars. Son développeur, seul lui aussi, affirme avoir généré 1,3 million de dollars de ventes sur Steam. Sauf que 99 % des acheteurs ont demandé un remboursement. Il lui reste environ 2 000 dollars. Le canular était drôle. Le relevé bancaire, un peu moins.
Rien n’indique pour l’instant que Valve compte modifier sa politique. Le studio commente rarement ce genre de polémique et laisse sa règle parler pour lui.
Le remboursement Steam, une donnée de game design
Refund This Game a le mérite de retourner le problème. Plutôt que de subir la règle des deux heures, dofhouse et Cactile Games en font le sujet du jeu. Ils disent vouloir célébrer le droit des joueurs au remboursement et inviter chacun à tenter le coup sans engagement.
Pour les développeurs indépendants, la leçon est plus terre à terre. Le remboursement Steam fait partie du cahier des charges, au même titre que la compatibilité Steam Deck ou la traduction. Un jeu qui se boucle en moins de deux heures doit le savoir dès la conception. Il peut ajouter de la rejouabilité, un mode difficile ou des succès qui donnent envie de rester. Il peut aussi assumer sa durée, en l’affichant clairement et en fixant un prix en conséquence.
Les démos changent aussi la donne. Une démo gratuite, ou un passage par le Steam Next Fest, permet de goûter un jeu sans l’acheter. Un jeu court qui propose une démo généreuse filtre ainsi les curieux en amont. Ceux qui l’achètent ensuite savent ce qu’ils prennent et ont moins de raisons de le rendre. Au fond, le remboursement Steam punit surtout les mauvaises surprises.
Reste enfin le calcul brut. Un remboursement ne coûte rien au joueur et pas grand-chose à Valve. C’est le développeur qui voit fondre son chiffre d’affaires. C’est aussi lui qui a payé les mois de production. Personne n’a jamais remboursé un crunch.
Refund This Game ne changera pas la politique de Valve. Il pose en revanche une question que plus d’un studio se pose en silence : faut-il désormais concevoir un jeu court en se demandant d’abord combien de joueurs le rendront ?
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