Mercredi 18 novembre, 15 heures. Les Radeon RX 6800 et RX 6800 XT d’AMD sont en vente. Quelques minutes plus tard, elles ne le sont plus. Le scénario est désormais bien rodé : Nvidia l’a joué en septembre avec ses RTX 3080 et 3090, puis en octobre avec la RTX 3070. Deux générations de cartes graphiques parmi les plus attendues depuis des années viennent de sortir. Presque personne n’a pu en acheter une. La pénurie de cartes graphiques est devenue le feuilleton de cet automne.
Une pénurie de cartes graphiques en trois épisodes
Premier épisode, le 17 septembre. Nvidia lance la RTX 3080 à 719 € en version Founders Edition, soit à peu près le prix d’une RTX 2080 Super pour des performances nettement supérieures. La boutique de Nvidia s’effondre sous le trafic. Les stocks fondent en quelques minutes, souvent au profit de robots qui raflent des cartes par dizaines. Nvidia finit par présenter ses excuses et annonce avoir annulé à la main des centaines de commandes passées par ces robots.
Le deuxième épisode arrive une semaine plus tard avec la RTX 3090 à 1 549 €. Même punition, sur des volumes encore plus faibles. Pour la RTX 3070 à 519 €, Nvidia choisit de repousser la sortie du 15 au 29 octobre afin de constituer des stocks. Le résultat est à peine meilleur. Deux semaines de stock supplémentaires, c’est visiblement l’équivalent de quatre minutes de vente.
Troisième épisode, le 18 novembre, avec AMD. Le fabricant affiche la Radeon RX 6800 à 579 dollars et la RX 6800 XT à 649 dollars. AMD assurait avoir prévu des quantités suffisantes. Elles ont pourtant disparu encore plus vite que les cartes de Nvidia. Certains magasins américains n’avaient reçu qu’une dizaine d’exemplaires. Quelques heures plus tard, elles réapparaissaient sur eBay entre 1 000 et 1 500 dollars.
Pourquoi on ne trouve plus rien
Les causes de cette pénurie de cartes graphiques s’additionnent. La demande d’abord : avec la pandémie, beaucoup de gens passent plus de temps chez eux et investissent dans leur PC. Les nouvelles cartes offrent en plus un vrai saut de performances, après une génération Turing jugée chère. Nvidia évoque lui-même une demande « sans précédent ». En effet, le trafic sur son site s’est révélé plus de dix fois supérieur à celui du lancement précédent.
L’offre ensuite. Les usines de semi-conducteurs tournent à plein régime pour tout le monde en même temps. Les puces d’AMD sortent des chaînes de TSMC, qui fabrique aussi les processeurs Ryzen 5000 et les puces des PlayStation 5 et Xbox Series. Ces nouveautés sont toutes sorties en novembre et toutes sont introuvables. Nvidia passe de son côté par Samsung, avec des rendements que personne ne commente officiellement.
Enfin, les revendeurs opportunistes aggravent tout. Des robots surveillent les boutiques en ligne et achètent en quelques secondes. Les cartes réapparaissent ensuite à prix d’or sur les sites d’annonces. Les fabricants promettent des parades, comme des captchas ou des limites par client. Pour l’instant, ces mesures ne suffisent pas.
Paradoxalement, le moyen le plus simple d’obtenir une RTX 3080 consiste souvent à acheter un PC complet. Les assembleurs reçoivent en effet une partie des stocks et vendent leurs machines sans trop de difficulté. Pour qui voulait seulement changer de carte, la facture grimpe toutefois très vite. Les joueurs qui montent eux-mêmes leur machine, historiquement le cœur du PC de jeu, se retrouvent ainsi les plus mal servis. La pénurie de cartes graphiques frappe d’abord ceux qui connaissent le mieux le matériel.
Quand trouvera-t-on des cartes au prix normal ?
Pas avant l’an prochain, selon les principaux intéressés. Nvidia ne promet pas de stocks durables avant début 2021. AMD lance en plus sa Radeon RX 6900 XT le 8 décembre, à 999 dollars. On voit mal pourquoi elle échapperait au même sort. Les prix publics deviennent ainsi théoriques : les modèles des fabricants partenaires, quand ils apparaissent, coûtent souvent bien plus cher que les tarifs annoncés.
Pour les joueurs, le conseil est frustrant mais simple. Inutile de se ruiner chez un revendeur sur eBay. Mieux vaut s’inscrire aux alertes de stock et attendre le printemps. La meilleure carte graphique de l’année reste celle qu’on a déjà dans sa tour.
Ce que la pénurie change pour les développeurs
Côté développement, la situation a pourtant des effets plus discrets. Les studios qui misent sur le ray tracing ou sur le DLSS de Nvidia comptaient sur une adoption rapide des nouvelles cartes. Cette adoption va prendre du retard. Le parc réel des joueurs reste dominé par des cartes plus anciennes, comme la GTX 1060, toujours en tête du sondage matériel de Steam.
Cyberpunk 2077, attendu le 10 décembre, sert de vitrine à Nvidia avec ses effets en ray tracing. La plupart des joueurs le découvriront pourtant sur des cartes qui ne savent pas en faire. Les développeurs ont donc tout intérêt à soigner leurs versions sans ray tracing. Le joueur moyen de cet hiver n’aura pas de RTX 3080, quoi qu’en disent les bandes-annonces.
Les consoles posent d’ailleurs le même problème. La PS5 et les Xbox Series sont aussi introuvables que les cartes graphiques. Les éditeurs vont devoir continuer à soigner leurs versions pour PS4 et Xbox One plus longtemps que prévu.
La pénurie de cartes graphiques finira par se résorber. Reste à savoir si les prix reviendront vraiment au niveau annoncé, ou si les joueurs PC devront s’habituer à payer une carte milieu de gamme au tarif d’un haut de gamme d’hier.