Microsoft Flight Simulator : le PC retrouve sa vitrine technique

Il existe désormais à Melbourne une tour de 212 étages au milieu d’un quartier pavillonnaire. Elle n’existe que dans Microsoft Flight Simulator, sorti le 18 août sur PC. Un contributeur d’OpenStreetMap a tapé 212 au lieu de 2 en renseignant un bâtiment. Le jeu a fidèlement reproduit l’erreur. Cette anecdote résume assez bien le nouveau simulateur de Microsoft : la planète entière, à l’échelle, construite à partir de données réelles. Avec leurs défauts compris.

Microsoft Flight Simulator, la Terre en streaming

Quatorze ans après Flight Simulator X, la série revient avec une ambition folle. Le jeu s’appuie sur plus de deux pétaoctets de données Bing Maps. Le décor arrive au fil du vol depuis les serveurs Azure de Microsoft. On peut décoller de l’un des 37 000 aéroports du monde et survoler sa propre maison, à condition d’avoir une connexion internet correcte.

Les grandes villes profitent de la photogrammétrie, qui reproduit les bâtiments en 3D à partir de photos aériennes. Ailleurs, des algorithmes génèrent les constructions à partir des cartes en deux dimensions. Le résultat est souvent bluffant. Il arrive aussi qu’il soit franchement comique : le palais de Buckingham ressemble par exemple à un immeuble de bureaux. On attend avec impatience le premier joueur qui viendra se plaindre que sa maison a un étage de trop.

La météo suit la réalité en direct, tout comme le trafic aérien. Si un orage traverse la Bretagne, il traverse aussi celle du jeu. Les avions de ligne qu’on croise en vol suivent, eux aussi, des trajectoires réelles. Pour un simulateur, c’est une petite révolution : le monde change sans que les développeurs aient besoin de retoucher quoi que ce soit.

Un studio bordelais aux commandes

Derrière le projet, on ne trouve pas une équipe interne de Microsoft. Le développeur est Asobo Studio, installé à Bordeaux et connu pour A Plague Tale: Innocence. Asobo connaît déjà bien Microsoft : il a développé plusieurs expériences HoloLens, comme Fragments et Young Conker. Voir un studio français piloter l’une des licences les plus anciennes de Microsoft n’arrive pas tous les jours. On aurait tort de bouder notre plaisir.

Le studio a dû faire cohabiter son propre moteur avec l’héritage de Flight Simulator X. Il fallait en effet préserver une partie de l’écosystème d’extensions que les passionnés font vivre depuis des années.

C’est d’ailleurs l’un des points les plus intéressants pour les développeurs. Microsoft Flight Simulator arrive avec un kit de développement et une boutique intégrée. Avions, aéroports, scènes détaillées : les studios spécialisés vont pouvoir vendre leurs créations directement dans le jeu. Le simulateur devient ainsi une plateforme plutôt qu’un produit fini. Ce modèle a déjà fait vivre plusieurs petites entreprises autour de X-Plane ou de Prepar3D.

La vitrine technique que le PC attendait

Visuellement, le jeu met la barre très haut. Les nuages volumétriques, les couchers de soleil et les reliefs donnent régulièrement envie de faire une capture d’écran toutes les trente secondes. Pour beaucoup de joueurs, c’est même une raison suffisante pour acheter le jeu sans jamais toucher un manche à balai.

La contrepartie se mesure en images par seconde. Même une RTX 2080 Ti peine à tenir une fréquence stable en réglages élevés. Le jeu repose sur DirectX 11 et sollicite énormément un seul cœur du processeur. Une carte graphique haut de gamme ne suffit donc pas : le CPU devient souvent le goulot d’étranglement, surtout au-dessus des grandes villes. Les temps de chargement sont longs et l’installation demande de la patience. La vieille question « est-ce que ça fait tourner Crysis ? » vient de trouver un successeur.

Les nouvelles cartes graphiques de Nvidia, attendues dans les prochaines semaines, arrivent à point nommé. Le PC de jeu tient enfin un titre capable de justifier une mise à niveau. Il n’en avait pas eu depuis un moment.

Combien coûte le voyage

L’édition Standard coûte 69,99 €, la Deluxe 89,99 € et la Premium Deluxe 119,99 €. Les éditions supérieures ajoutent des avions et des aéroports modélisés à la main. Surtout, l’édition Standard fait partie du Xbox Game Pass pour PC depuis le premier jour. Pour quelques euros par mois, on peut donc tester la bête avant de casser sa tirelire pour un manche et un palonnier. Ces accessoires, eux, se font déjà rares chez plusieurs revendeurs.

Le choix n’a rien d’anodin. Microsoft mise sur son abonnement pour attirer des joueurs qui n’auraient jamais acheté un simulateur de vol à 70 €. Une version Xbox est également promise, sans date pour l’instant. On imagine mal les consoles actuelles encaisser un tel flux de données. Les futures Xbox Series auront en revanche de quoi faire.

Un monde construit avec des données

Pour les développeurs, Microsoft Flight Simulator pose une question plus large. Jusqu’ici, des équipes d’artistes fabriquaient les mondes ouverts à la main, bâtiment par bâtiment. Ici, la planète entière sort de bases de données, de photos satellites et d’algorithmes. Les erreurs existent, mais elles se corrigent en mettant à jour les données plutôt qu’en remodelant une ville.

Pourtant, cette approche ne marche que parce que le sujet est la Terre elle-même. Un jeu de rôle ou un jeu de tir a besoin d’un monde pensé pour le jeu, pas seulement d’un monde exact. La tour de Melbourne prouve d’ailleurs qu’un décor fidèle aux données n’est pas forcément cohérent.

Les studios de jeux en monde ouvert vont-ils s’inspirer de cette méthode pour leurs propres décors, ou restera-t-elle une prouesse réservée aux simulateurs ?

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