Des centaines de démos gratuites, des développeurs en direct sur les pages de leurs jeux, une semaine pour se faire remarquer. Depuis le 16 juin et jusqu’au 22, Valve organise la première édition de la Steam Next Fest. Le nom est nouveau, la formule beaucoup moins. Pour un studio indépendant, l’événement reste pourtant l’une des rares occasions de sortir de l’anonymat sans budget marketing. Encore faut-il savoir s’y prendre.
Steam Next Fest, le festival qui change de nom
L’idée remonte à décembre 2019. Valve avait organisé un premier festival de démos en marge des Game Awards. Il a renouvelé l’expérience en juin 2020, au moment où la pandémie annulait l’E3 et repoussait la GDC. Le festival est ensuite revenu en octobre, puis en février dernier, sous le nom de Steam Game Festival. Chaque édition a attiré davantage de studios, au point de devenir un rendez-vous attendu par les indépendants.
La Steam Next Fest prend le relais. Le principe ne change pas : pendant une semaine, une page spéciale de Steam rassemble des démos de jeux pas encore sortis. Les joueurs peuvent filtrer par genre, regarder les développeurs présenter leur jeu en direct et discuter avec eux dans le chat. Le nouveau nom dit simplement mieux ce que l’événement propose : les jeux de demain.
Le calendrier est d’ailleurs bien choisi. Cette édition arrive juste après une E3 entièrement numérique et le Summer Game Fest de Geoff Keighley. Les joueurs sortent d’une semaine de bandes-annonces. Valve leur propose d’essayer plutôt que de regarder. Après sept jours de « world premiere », une démo jouable a presque quelque chose de reposant.
Pourquoi un studio indépendant doit s’y intéresser
Sur Steam, plusieurs dizaines de nouveaux jeux sortent chaque jour. La plupart disparaissent dans l’indifférence, faute de visibilité. Le festival offre une vitrine que Valve met en avant sur la page d’accueil du magasin, gratuitement. Pour un studio sans éditeur, c’est une chance rare.
Le véritable enjeu de la Steam Next Fest, ce sont les listes de souhaits. Chaque joueur qui ajoute un jeu à sa liste recevra une notification à la sortie. Les algorithmes de Steam tiennent aussi compte de ces ajouts pour décider quels jeux mettre en avant. Une bonne semaine de festival peut donc peser lourd le jour du lancement, plusieurs mois plus tard.
Le moment compte aussi. Participer deux ans avant la sortie, c’est risquer que les joueurs aient oublié le jeu entre-temps. Participer à quelques semaines du lancement laisse peu de temps pour corriger ce que la démo aura révélé. Entre trois et six mois avant la sortie, le festival tombe souvent au bon moment.
Le festival sert aussi de test grandeur nature, gratuit et sans engagement. Une démo jouée par des milliers d’inconnus révèle des problèmes que l’équipe ne voyait plus. Bugs, passages trop durs, tutoriel incompréhensible : tout remonte en quelques jours. Mieux vaut l’apprendre pendant le festival que dans les évaluations Steam au moment de la sortie.
Mode d’emploi : préparer sa participation
D’abord, il faut une page Steam soignée. Le joueur décide en quelques secondes s’il clique sur une démo. La capsule, la bande-annonce et les premières captures d’écran comptent donc énormément. Une page bâclée gâche le meilleur des prototypes. Il faut aussi penser à la description courte, aux étiquettes et à la langue : un jeu traduit en plusieurs langues touche mécaniquement plus de joueurs pendant la semaine.
Ensuite, la démo doit être courte et représentative. Vingt à trente minutes suffisent souvent. Elle doit montrer la boucle de jeu principale dès les premières minutes, pas un long tutoriel. Elle doit surtout se terminer sur une envie d’en voir plus, avec un rappel clair pour ajouter le jeu à sa liste de souhaits. Une démo qui raconte toute l’histoire du jeu, c’est un peu comme une bande-annonce qui montre la fin du film.
Troisième point : la diffusion en direct. Valve permet aux studios de diffuser une présentation ou une session de jeu directement sur la page du jeu. C’est un excellent moyen de donner un visage à un projet. Il faut pourtant le préparer comme une émission, avec un horaire annoncé, quelqu’un pour répondre au chat et un plan de secours si la démo plante.
Enfin, il faut prévenir son public, le plus tôt possible. Le festival amène des joueurs, mais il récompense surtout ceux qui arrivent avec une communauté déjà mobilisée. Annoncer sa participation sur les réseaux sociaux, sur Discord ou auprès de quelques créateurs de contenu multiplie les chances d’apparaître parmi les démos les plus jouées.
Les limites du festival
Le succès de la formule crée aussi un problème. Avec des centaines de démos, la concurrence est féroce. Les jeux qui arrivent avec un genre populaire, un style graphique marquant ou un éditeur connu raflent l’essentiel de l’attention. Les autres risquent de passer inaperçus malgré tous leurs efforts.
Par ailleurs, une démo peut aussi faire du tort. Un jeu encore fragile, mal équilibré ou mal optimisé laisse une mauvaise première impression. Elle sera difficile à effacer. Pour certains projets, mieux vaut attendre une prochaine édition que de se précipiter. Un festival raté se rattrape. Une réputation de jeu buggé, beaucoup moins.
La Steam Next Fest reste malgré tout une aubaine pour les indépendants. Elle coûte du temps plutôt que de l’argent. Elle met surtout tout le monde sur la même page d’accueil. Valve en fera-t-il un rendez-vous régulier, assez fréquent pour que chaque studio y trouve sa place sans se noyer dans la masse ?
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