Steam Deck : Valve se lance dans la console PC portable

On l’attendait sous le nom de code SteamPal. Valve l’a finalement baptisée Steam Deck et l’a présentée jeudi 15 juillet. C’est une console portable qui fait tourner sa bibliothèque Steam, pour 419 € dans sa version de base. Les réservations ouvrent ce vendredi soir, pour des livraisons prévues en décembre. Après les Steam Machines, le Steam Controller et le casque Index, Valve retente donc sa chance dans le matériel. Cette fois, l’idée a de quoi séduire.

Steam Deck : un vrai PC dans les mains

D’abord, la Steam Deck n’a rien d’une console de streaming. Elle fait tourner les jeux elle-même, grâce à une puce conçue avec AMD. On y trouve un processeur Zen 2 à quatre cœurs et une partie graphique RDNA 2, la même architecture que les PS5 et Xbox Series, en version bien plus modeste. La machine embarque 16 Go de mémoire vive. L’écran tactile de 7 pouces affiche du 1280 x 800 à 60 images par seconde.

Cette définition n’a l’air de rien. C’est pourtant un choix malin. Sur un petit écran, elle suffit largement. Surtout, elle permet de faire tourner des jeux récents sans demander l’impossible à la puce. Valve assure n’avoir encore trouvé aucun jeu que la machine ne sache pas faire tourner. On attendra évidemment les premiers tests avant de le croire sur parole.

Côté commandes, Valve a d’ailleurs tout mis. Deux sticks, une croix directionnelle, quatre boutons de façade, quatre gâchettes, quatre boutons à l’arrière, un gyroscope et deux pavés tactiles hérités du Steam Controller. Les pavés tactiles sont une bonne nouvelle pour les jeux de stratégie et les jeux pensés pour la souris. Il fallait bien que le Steam Controller serve à quelque chose, même avec six ans de retard.

Trois modèles, trois prix

Le modèle de base coûte 419 € avec 64 Go de stockage eMMC, une mémoire lente. Le modèle à 549 € passe à 256 Go en SSD NVMe, nettement plus rapide. Le haut de gamme, à 679 €, offre 512 Go et un écran antireflet. Tous les modèles acceptent une carte microSD. Valve fournit aussi une housse avec chacun d’eux. Une station d’accueil, vendue à part, permettra de brancher la console sur un écran.

Le modèle à 419 € attire l’œil. Cependant, 64 Go se remplissent très vite avec les jeux actuels. Le stockage lent pourrait aussi allonger les temps de chargement. Pour beaucoup de joueurs, le modèle intermédiaire semble le choix le plus raisonnable. Face à la nouvelle Switch OLED annoncée à 349,99 € il y a quelques jours, la Steam Deck joue dans une autre catégorie, celle du PC de poche.

L’autonomie, enfin, reste la grande inconnue. Valve annonce de deux à huit heures selon les jeux. Un jeu indépendant en 2D devrait tenir longtemps. Un gros jeu en 3D videra sans doute la batterie bien plus vite. Les premiers tests diront où se situe vraiment le curseur.

Proton, la vraie clé du projet

La Steam Deck ne tourne pas sous Windows mais sous SteamOS 3.0, une version de Linux basée sur Arch. Pour faire tourner les jeux Windows, Valve compte sur Proton, sa couche de compatibilité lancée en 2018. Proton traduit les appels de Windows en équivalents Linux. Beaucoup de jeux fonctionnent déjà sans retouche. D’autres posent encore problème. Valve promet d’améliorer Proton d’ici la sortie, avec l’objectif affiché de faire tourner l’essentiel du catalogue Steam. C’est un chantier énorme, que la société mène depuis trois ans avec une patience qu’on lui connaît peu.

En revanche, le point le plus sensible concerne les systèmes anti-triche. Easy Anti-Cheat et BattlEye, utilisés par de nombreux jeux en ligne, ne fonctionnent pas encore correctement sous Proton. Valve dit travailler avec eux. Tant que ce chantier ne sera pas terminé, certains jeux multijoueurs populaires resteront inaccessibles. Une console de jeu qui ne lance pas les jeux les plus joués du moment, c’est un concept audacieux.

Valve rappelle enfin que la Steam Deck est un PC ouvert. On peut y installer d’autres logiciels, d’autres boutiques et même un autre système d’exploitation, Windows compris. Cette ouverture tranche nettement avec les consoles classiques, verrouillées par leur constructeur. Elle rassurera ceux qui craignent de se retrouver enfermés dans l’écosystème de Valve.

Ce que la Steam Deck change pour les développeurs

Pour les studios, la machine pose donc de nouvelles questions. Un jeu PC pensé pour un écran de 27 pouces et une souris doit devenir lisible sur 7 pouces, avec une manette. Les textes trop petits, les menus impossibles à parcourir sans souris et les interfaces surchargées vont vite se voir. Valve prévoit d’ailleurs d’envoyer des kits de développement aux studios pour qu’ils testent leurs jeux.

Pour les développeurs indépendants, c’est en revanche une opportunité. Un jeu léger, jouable à la manette et compatible Proton pourra trouver un second public sans effort de portage. Inutile de passer par la certification de Nintendo ou de Sony : un jeu Steam qui tourne bien sur la Deck sera disponible sur la Deck.

Reste le passé de Valve dans le matériel. Les Steam Machines de 2015 ont disparu sans bruit. Valve a ensuite abandonné le Steam Controller. Seul le casque Index a trouvé son public, sur un marché de niche. La Steam Deck a pour elle un prix agressif, une bibliothèque immense et Proton, bien plus mûr qu’à l’époque. Valve saura-t-il produire assez de machines pour répondre à la demande, en pleine pénurie de composants ?

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