Des créatures mignonnes, des fusils d’assaut et des usines où ces mêmes créatures travaillent à la chaîne. Sur le papier, Palworld ressemble à une blague d’internet. Le jeu de Pocketpair est sorti le 19 janvier en accès anticipé sur Steam et Xbox. En moins de six jours, il s’est vendu à plus de huit millions d’exemplaires sur Steam. Il a dépassé les deux millions de joueurs simultanés, un niveau que seul PUBG avait atteint avant lui. Palworld, le « Pokémon avec des fusils », explose Steam. Et personne ne l’avait vu venir.
Palworld, le Pokémon avec des fusils
Le principe tient en quelques mots. Le joueur arrive sur une île peuplée de « Pals », des créatures à capturer. Il peut les faire combattre, mais aussi les faire travailler : bûcheronner, miner, cultiver ou fabriquer des objets dans sa base. Le jeu mélange la collection de monstres, la survie et la construction, avec des armes à feu en prime.
La ressemblance avec Pokémon saute aux yeux. Plusieurs Pals évoquent directement des créatures célèbres de Nintendo et de Game Freak. Sur les réseaux sociaux, des comparaisons image par image circulent déjà. Pocketpair assume l’inspiration, tout en affirmant que son jeu a passé les vérifications juridiques nécessaires. Quelque part au Japon, un juriste de Nintendo vient sans doute d’annuler ses vacances.
Côté gameplay, la formule fonctionne d’ailleurs mieux que prévu. Le jeu emprunte aussi beaucoup à ARK: Survival Evolved, à Zelda: Breath of the Wild ou à Valheim. Rien de révolutionnaire, donc. Mais l’assemblage fonctionne, en solo comme en coopération. La boucle de progression se révèle en outre très addictive.
Un succès d’une rare ampleur
Les chiffres, eux, donnent le tournis. Un million d’exemplaires vendus en huit heures. Huit millions en moins d’une semaine sur Steam. Plus de deux millions de joueurs connectés en même temps. Seul PUBG avait fait mieux sur la plateforme, en 2018. À cela s’ajoutent des millions de joueurs sur Xbox, où le jeu est disponible dans le Game Pass.
Le jeu coûte 28,99 € en accès anticipé. Pocketpair, son développeur, est un studio indépendant de Tokyo, déjà connu pour Craftopia. Le studio n’a rien d’un géant : quelques dizaines de personnes, un moteur grand public et une idée qui tient en une phrase. Palworld tourne sous Unreal Engine 5.
Par ailleurs, le marketing s’est fait presque tout seul. L’expression « Pokémon avec des fusils », reprise par les joueurs et les créateurs de contenu, a suffi à attiser la curiosité. Les vidéos de Pals exploités dans des usines ou armés de lance-roquettes ont fait le reste. Pour une fois, internet a rédigé gratuitement le slogan publicitaire.
Un accès anticipé qui se voit
Le jeu reste toutefois un accès anticipé. Cela se voit. Les bugs sont nombreux : créatures coincées dans le décor, problèmes de collision, intelligence artificielle parfois perdue. Les serveurs ont aussi souffert les premiers jours, face à un afflux de joueurs que personne n’avait anticipé. Pocketpair a dû renforcer ses serveurs en urgence. Pour un studio de cette taille, la facture d’hébergement d’un tel afflux n’a rien d’anodin.
Les animations et certains modèles manquent de finition. Le contenu de fin de partie reste mince. Après une trentaine d’heures, les joueurs les plus assidus commencent déjà à tourner en rond. Pourtant, les joueurs pardonnent volontiers ces défauts, tant la formule les amuse. Les évaluations sur Steam restent très positives.
Les questions qui fâchent
Le succès soulève cependant des questions. La ressemblance de certaines créatures avec les Pokémon pourrait attirer l’attention des avocats. Des joueurs s’interrogent aussi sur l’usage de l’intelligence artificielle générative, en rappelant que le patron du studio, Takuro Mizobe, a déjà travaillé sur un jeu basé sur l’IA. Pocketpair n’a pas confirmé l’usage de tels outils pour Palworld.
Ces débats n’ont, pour l’instant, aucun effet sur les ventes. Les joueurs semblent surtout se soucier de leur prochaine capture. Mais ils rappellent que le succès attire forcément les regards. Plus un jeu est visible, plus le public scrute ses moindres détails.
Ce que les développeurs peuvent en retenir
Pour un studio, Palworld montre d’abord la force d’un concept simple et provocateur. Le jeu se résume en une phrase que tout le monde comprend et a envie de partager. Dans un marché saturé, cette capacité à susciter la curiosité vaut toutes les campagnes publicitaires.
Le jeu illustre ensuite l’intérêt de l’accès anticipé pour un studio de taille moyenne. Sortir tôt permet de mesurer l’intérêt du public et de financer la suite. Encore faut-il dimensionner ses serveurs, ce que Pocketpair n’avait clairement pas prévu à cette échelle.
Enfin, Palworld rappelle les limites de l’inspiration. S’inspirer d’une licence célèbre peut attirer l’attention. Le faire de trop près expose à des risques juridiques et à des critiques sur l’originalité. Pour un petit studio, la frontière reste délicate à tracer.
La suite
Pocketpair promet de nombreuses mises à jour, de nouvelles créatures et des corrections. Le studio doit maintenant transformer cet engouement en succès durable. Les joueurs de survie sont exigeants et passent vite au jeu suivant. Valheim, en 2021, avait connu un démarrage tout aussi fulgurant, avant de voir sa fréquentation retomber en attendant les mises à jour. Pocketpair a donc tout intérêt à tenir un rythme soutenu.
Palworld, le « Pokémon avec des fusils », a pris Steam d’assaut en quelques jours. Pocketpair saura-t-il faire durer le phénomène, ou le jeu restera-t-il un feu de paille de début d’année ?
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