Pour la Super-Terre, pour la liberté et pour la démocratie dirigée. Depuis le 8 février, des centaines de milliers de joueurs répètent ce slogan avec un sérieux tout militaire. Helldivers 2, d’Arrowhead Game Studios, est sorti sur PC et PS5, édité par Sony. Sur Steam, il a dépassé les 300 000 joueurs simultanés en quelques jours. Le problème, c’est que les serveurs n’étaient pas prêts. Avec Helldivers 2, le succès fait tomber les serveurs. Les joueurs, eux, restent dans la file d’attente avec le sourire.
Helldivers 2, une satire à quatre joueurs
Le principe est d’abord simple. Quatre joueurs incarnent des soldats d’élite envoyés sur des planètes hostiles pour combattre des insectes géants ou des robots. Les missions durent généralement une vingtaine de minutes. Il faut remplir des objectifs, appeler des frappes orbitales et rejoindre la navette d’extraction, si possible en vie.
Le jeu assume ensuite pleinement son inspiration. L’univers parodie Starship Troopers, avec son régime autoritaire, sa propagande et ses soldats sacrifiables. Les joueurs jouent le jeu, saluent le drapeau et meurent en héros, souvent sous les tirs de leurs propres coéquipiers. Le tir allié reste en effet actif en permanence. Rien ne renforce l’esprit d’équipe comme une frappe orbitale mal placée sur la tête de son meilleur ami.
Par ailleurs, chaque partie se déroule dans une guerre galactique commune à tous les joueurs. Chaque mission réussie fait avancer la libération d’une planète. Arrowhead pilote cette guerre en direct et peut décider d’une contre-offensive ennemie à tout moment. La communauté a d’ailleurs vite adopté ce récit partagé.
Helldivers 2 : quand le succès fait tomber les serveurs
Arrowhead n’avait clairement pas prévu un tel engouement. Personne, à vrai dire. Le premier Helldivers, sorti en 2015, avait connu un succès d’estime. Rien ne laissait prévoir des centaines de milliers de joueurs connectés en même temps. Dès le week-end de lancement, les serveurs ont saturé.
Johan Pilestedt, le patron d’Arrowhead, a donc multiplié les messages sur les réseaux sociaux. Le 11 février, le studio a relevé la capacité de ses serveurs de 250 000 à 360 000 joueurs simultanés. Il a aussi doublé le nombre de connexions acceptées par minute. Selon Pilestedt, la nouvelle limite a été atteinte en cinq minutes et demie après la maintenance. Arrowhead découvre la face cachée du succès : chaque nouveau serveur se remplit plus vite qu’on ne peut l’allumer.
Les problèmes ne se limitent pas pour autant aux files d’attente. Des joueurs signalent des récompenses de mission non comptabilisées, des déconnexions et des difficultés à rejoindre leurs amis. Arrowhead explique que le trafic surcharge certains services en ligne. Le studio travaille avec ses partenaires pour augmenter encore la capacité. En attendant, il demande aux joueurs un peu de patience.
Un modèle économique bien accueilli
Malgré ces problèmes, les joueurs restent pourtant largement positifs. Le jeu coûte 39,99 €, un prix raisonnable pour un jeu de cette ambition. Il propose une boutique et des passes de combat, appelés « bons de guerre ». Mais la monnaie premium peut aussi se trouver en jouant, pendant les missions. Un joueur assidu peut donc débloquer les passes sans dépenser un centime.
De plus, les passes n’expirent pas. Surtout, les armes achetables ne donnent pas d’avantage décisif. Pour beaucoup de joueurs, ce modèle paraît juste. Il tranche avec les jeux-services agressifs qui ont fait fuir une partie du public ces dernières années.
Le jeu sort aussi en même temps sur PC et PS5, avec le jeu croisé entre les deux plateformes. Pour Sony, c’est une nouvelle preuve de son intérêt pour le PC. Sur PC, Sony prévoyait d’imposer la liaison à un compte PlayStation Network. À cause des problèmes de serveurs, cette étape reste facultative pour l’instant.
Un moteur abandonné
Détail technique étonnant : Helldivers 2 repose sur Stingray, un moteur qu’Autodesk a cessé de développer en 2018. Arrowhead l’utilise depuis ses premiers jeux, quand il s’appelait encore Bitsquid. Le studio a donc dû maintenir et faire évoluer seul un moteur que plus personne ne soutient.
Ce choix a cependant ses avantages. L’équipe connaît le moteur par cœur. Elle n’a pas eu à apprendre un nouvel outil en cours de route. En revanche, il a aussi ses inconvénients. Le studio doit résoudre chaque problème technique en interne, sans pouvoir compter sur l’éditeur du moteur. Pour monter en charge rapidement, ce n’est pas forcément un atout.
Ce que les développeurs peuvent en retenir
Pour un studio, Helldivers 2 rappelle d’abord une règle simple : prévoir large pour les serveurs. Un succès imprévu peut transformer un lancement réussi en cauchemar technique. Les solutions infonuagiques permettent d’augmenter la capacité, mais pas instantanément, surtout quand certains services ne sont pas conçus pour une telle charge.
Le jeu montre ensuite la valeur d’une identité marquée. L’humour, la satire et le tir allié créent des moments que les joueurs partagent massivement sur les réseaux sociaux. Ces vidéos font plus pour la promotion du jeu que n’importe quelle publicité.
Enfin, le modèle économique d’Arrowhead prouve qu’un jeu-service peut rester généreux. Il prouve aussi qu’un jeu à 40 euros peut rivaliser avec les gratuits les plus populaires, à condition d’offrir une expérience vraiment différente. Les joueurs acceptent de payer quand ils ne se sentent pas exploités.
Helldivers 2 montre qu’avec un succès massif, même les serveurs les mieux préparés finissent par tomber. Arrowhead saura-t-il stabiliser son jeu assez vite pour garder ses soldats, ou la file d’attente finira-t-elle par lasser la Super-Terre ?