Redfall : quand Arkane se perd dans le multijoueur

Redfall

Arkane, c’est le studio de Dishonored et de Prey. Des jeux d’infiltration riches, intelligents, où chaque niveau cache dix façons de résoudre un problème. Mardi 2 mai, Arkane Austin a sorti Redfall, un jeu de tir coopératif en monde ouvert avec des vampires. Sur Steam, les évaluations des joueurs sont majoritairement négatives. Sur Metacritic, la version PC plafonne à 58. Avec Redfall, Arkane se perd dans le multijoueur. Et même Phil Spencer, le patron de Xbox, a fini par s’excuser.

Redfall, une promesse alléchante

Sur le papier, le concept avait de quoi séduire. Une petite ville de l’île de Redfall, dans le Massachusetts, tombe sous le contrôle de vampires qui ont masqué le soleil. Quatre héros, aux pouvoirs différents, tentent de reprendre la ville. On peut jouer seul ou à plusieurs, en coopération jusqu’à quatre joueurs. Le jeu est disponible sur PC et Xbox Series. Il figure aussi dès sa sortie dans le Game Pass.

Arkane promettait ainsi de mêler son savoir-faire en matière de level design à un jeu en ligne plus accessible. Les premières vidéos montraient un univers coloré et décalé. Les fans de Prey espéraient retrouver l’ingéniosité du studio dans un cadre nouveau. Ils ont surtout retrouvé des vampires plantés au milieu de la route, en attendant qu’on veuille bien leur tirer dessus.

Redfall, Arkane se perd dans le multijoueur

D’abord, les critiques reviennent toujours aux mêmes points. L’intelligence artificielle des ennemis déçoit. Les humains comme les vampires réagissent mal, se bloquent dans le décor ou ignorent le joueur. Le monde ouvert paraît vide, avec des activités répétitives. Les missions se résument souvent à aller d’un point à un autre pour tuer tout ce qui bouge.

Ensuite, le jeu a perdu une partie de ce qui faisait l’identité d’Arkane. Les niveaux n’offrent plus la même densité. Les approches alternatives se font rares. On cherche en vain les conduits d’aération et les passages secrets qui faisaient le sel de Dishonored. La structure pensée pour la coopération dilue l’expérience solo, alors que la plupart des joueurs jouent seuls. Pour couronner le tout, Redfall exige une connexion permanente, même en solo. Impossible, par conséquent, de mettre le jeu en pause pour aller ouvrir au livreur.

Enfin, les problèmes techniques s’ajoutent au reste. Sur Xbox Series, le jeu tourne à 30 images par seconde. Un mode à 60 images par seconde est promis plus tard. Sur PC, les joueurs signalent des saccades, des bugs graphiques et des performances irrégulières. Le jeu repose sur Unreal Engine 4. Comme leurs cousins de cinéma, les vampires de Redfall fuient la lumière. Surtout celle des tests de qualité.

Un échec qui fait du bruit

Les chiffres confirment d’ailleurs la déception. Sur Steam, le jeu a atteint un pic d’environ 6 100 joueurs simultanés, selon SteamDB. C’est bien moins que Deathloop, Prey ou Dishonored 2, qui avaient tous dépassé les 20 000 joueurs. Certes, le Game Pass explique sans doute une partie de l’écart. Il ne suffit pas pour autant à tout justifier. Sur Steam, moins d’un tiers des évaluations sont positives, un score rarissime pour un jeu de cette envergure.

Phil Spencer a réagi publiquement, dans un entretien accordé à Kinda Funny Games. Il s’est dit déçu et contrarié. Il a reconnu que les évaluations internes étaient bien en dessous des attentes. Surtout, il a admis que Microsoft avait tardé à accompagner Arkane Austin après le rachat de Bethesda, notamment sur les problèmes liés à Unreal Engine.

Pour Xbox, le coup est donc rude. Après Halo Infinite, la console manque toujours d’exclusivités marquantes. Redfall devait être l’un des grands jeux de l’année. Starfield, attendu en septembre, porte désormais une pression énorme. Bethesda Game Studios n’a plus le droit à l’erreur. Les joueurs Xbox, eux, commencent à trouver le temps long depuis le lancement de la console, fin 2020.

Ce que les développeurs peuvent en retenir

Pour un studio, Redfall rappelle d’abord le danger de sortir de son domaine d’expertise. Ce n’est pas interdit, bien sûr. Arkane maîtrise l’infiltration et les mondes denses. Le jeu-service coopératif demande d’autres compétences : réseau, équilibrage, contenu à long terme. Changer de genre est possible, mais cela demande du temps et des recrutements.

Le projet a d’ailleurs vécu un changement de propriétaire en cours de route. Le développement a commencé sous ZeniMax, avant le rachat par Microsoft en 2021. Spencer reconnaît lui-même que cette transition a été mal accompagnée. Or un changement d’actionnaire en plein projet bouscule toujours les priorités, les outils et parfois les équipes.

Enfin, la sortie de Redfall pose la question des dates fixées trop tôt. Le jeu a déjà été reporté une fois. Sortir un jeu inachevé dans le Game Pass peut sembler moins risqué, puisque les joueurs n’achètent pas directement le jeu. L’image du studio, elle, en souffre pourtant tout autant.

Et maintenant ?

Arkane et Bethesda promettent toutefois de soutenir le jeu. Le mode 60 images par seconde et des correctifs sont annoncés. Certains jeux ont réussi à remonter la pente après un lancement raté, comme No Man’s Sky. Encore faut-il que les joueurs reviennent. Avec le Game Pass, l’essai ne coûte rien de plus. Une mise à jour majeure pourrait donc relancer la curiosité, à condition de corriger l’intelligence artificielle et le mode solo en profondeur.

Redfall montre qu’Arkane se perd quand il quitte ce qui a fait sa réputation. Le studio saura-t-il retrouver l’esprit de Dishonored et de Prey, ou Redfall restera-t-il une tache durable dans sa ludographie ?

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