Licenciements chez Unity et ailleurs : 2023 commence mal

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Janvier n’est pas encore terminé et le bilan donne déjà le vertige. Mardi 17 janvier, Unity a supprimé 284 postes, selon le Wall Street Journal. Le lendemain, Microsoft annonçait 10 000 suppressions d’emplois, avec des répercussions jusque dans ses studios de jeux. Amazon, Riot ou Aspyr ont suivi. Après les licenciements chez Unity et ailleurs, 2023 commence mal pour les développeurs de jeux vidéo. Et personne ne sait encore quand la vague s’arrêtera.

Licenciements chez Unity : la deuxième vague en sept mois

Pour Unity, ce n’est pas une première. En juin dernier, l’éditeur du moteur avait déjà supprimé 225 postes. Cette fois, la coupe touche 284 salariés, sur un effectif qui dépassait les 8 000 personnes. L’entreprise justifie ces coupes par la volonté de se recentrer sur ses activités principales. Elle n’a pas précisé publiquement quelles équipes étaient visées.

Le contexte éclaire la décision. Unity a finalisé en novembre sa fusion avec ironSource, le spécialiste de la publicité mobile. Deux entreprises qui fusionnent, cela signifie souvent des postes en double. Le marché de la publicité mobile reste par ailleurs morose. Les annonceurs dépensent moins. Or Unity tire une grande partie de ses revenus de ce secteur.

Pour les développeurs qui utilisent le moteur, ces coupes répétées inquiètent. Elles touchent des équipes dont dépendent des outils, de la documentation ou du support. Quand le fabricant de votre marteau licencie ceux qui le fabriquent, on regarde forcément le manche avec un peu plus d’attention.

Microsoft, Amazon, Ubisoft : personne n’est épargné

Le 18 janvier, Microsoft a annoncé la suppression de 10 000 postes dans tout le groupe. La division Xbox n’y échappe pas. D’après plusieurs médias, 343 Industries, le studio de Halo, figure parmi les équipes touchées. Bethesda et The Coalition, le studio de Gears of War, seraient également concernés. Microsoft n’a pas donné de chiffres par studio.

Amazon a de son côté confirmé la suppression de 18 000 emplois dans le monde. Sa division jeux vidéo, Amazon Games, aurait elle aussi perdu des salariés. Chez Riot Games, les coupes visent les ressources humaines, l’esport et le support. Aspyr, Hi-Rez et d’autres studios ont également annoncé des départs.

Ubisoft, de son côté, a choisi une autre méthode. Le 11 janvier, l’éditeur français a annoncé l’annulation de trois jeux encore inconnus du public. Skull and Bones subit un nouveau report. Un plan d’économies de 200 millions d’euros sur deux ans complète le tableau. Skull and Bones détient désormais un record rare : celui du bateau qui n’arrive jamais au port.

Pourquoi maintenant ?

La situation tranche avec celle de 2020 et 2021. Pendant la pandémie, les joueurs ont passé beaucoup plus de temps sur leurs écrans. Les ventes ont grimpé, les investisseurs ont afflué et les studios ont recruté à tour de bras. Les géants de la tech, eux aussi, ont embauché massivement.

Depuis, le marché s’est calmé. Les joueurs sont sortis de chez eux. L’inflation pèse sur leur budget loisirs. Les taux d’intérêt ont grimpé, ce qui rend l’argent des investisseurs plus cher et plus rare. Les entreprises qui avaient embauché en pariant sur une croissance continue corrigent donc le tir. Dans la plupart des annonces, on retrouve d’ailleurs la même formule : il s’agit de « se recentrer ».

Les coûts de production pèsent aussi lourd. Un jeu à gros budget mobilise des centaines de personnes pendant cinq ans ou plus. Le moindre retard coûte des millions. Pour un éditeur coté en Bourse, réduire les effectifs reste le moyen le plus rapide de rassurer les actionnaires. La méthode ne règle rien sur le fond. Elle fait simplement remonter le cours de l’action pendant quelques jours.

Le jeu vidéo ne s’effondre pas pour autant. Le marché reste énorme et des jeux comme Hogwarts Legacy s’annoncent comme de gros succès. Mais la période d’argent facile est terminée. Les éditeurs privilégient désormais les projets rentables et coupent les autres.

Ce que ça change pour les développeurs

Pour les salariés du secteur, l’année s’annonce tendue. Les profils juniors risquent de souffrir le plus. Moins d’embauches, plus de candidats sur chaque poste : la concurrence va se durcir. Les développeurs licenciés de grands groupes arrivent en effet sur le marché en même temps.

Certains choisiront l’indépendance. Après chaque vague de licenciements, de nouveaux petits studios apparaissent, souvent fondés par des anciens de grandes équipes. Le contexte reste pourtant difficile. Les investisseurs se montrent plus prudents. Les éditeurs signent moins de contrats. Lancer un studio demande donc plus de prudence que jamais.

Ces licenciements posent enfin la question des outils. Un studio qui dépend entièrement d’un moteur ou d’une plateforme dépend aussi de la santé de l’entreprise qui le fournit. Diversifier ses compétences devient une forme d’assurance, pour les studios comme pour les développeurs. Connaître plusieurs moteurs, plusieurs langages ou plusieurs métiers aide à traverser les périodes troubles.

Une année à suivre de près

D’autres annonces suivront sans doute. Les résultats trimestriels des grands éditeurs tombent dans les semaines qui viennent. Ils donneront une idée plus précise de l’état du secteur. Les syndicats, encore rares dans le jeu vidéo, pourraient aussi gagner en influence.

Pour les joueurs, l’effet se verra plus tard. Moins de développeurs, ce sont aussi des jeux reportés, des projets annulés et des mises à jour plus rares sur les jeux en ligne. Les conséquences de ces coupes se mesureront donc dans deux ou trois ans.

Les licenciements chez Unity et ailleurs ouvrent 2023 sur une note sombre. Le secteur saura-t-il se stabiliser rapidement, ou cette vague n’est-elle que la première d’une longue série ?

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