Depuis mercredi 12 octobre, la RTX 4090 est en vente. Nvidia l’avait dévoilée le 20 septembre, en promettant un bond de performances spectaculaire. Les tests publiés la veille de la sortie confirment le bond. Ils confirment aussi la facture : 1 599 dollars aux États-Unis, 1 949 € pour la Founders Edition en France. Avec la RTX 4090, les performances battent des records. Le prix et la consommation aussi.
RTX 4090 : des performances record
La carte repose sur la nouvelle architecture Ada Lovelace, gravée en 4 nm par TSMC. Elle embarque 16 384 cœurs CUDA, contre 10 752 pour la RTX 3090 Ti. Sa fréquence dépasse les 2,5 GHz en mode boost. Elle dispose de 24 Go de mémoire GDDR6X. Sur le papier, la fiche technique ressemble à une liste au père Noël rédigée par un ingénieur.
Dans les jeux, le résultat suit. En 4K, la RTX 4090 dépasse souvent la RTX 3090 de 50 à 80 %, selon les titres et les tests. Cyberpunk 2077, Microsoft Flight Simulator ou Forza Horizon 5 tournent à des fréquences d’images inédites en Ultra. Pour la première fois, la 4K à plus de 100 images par seconde devient banale sur les jeux récents. Les écrans 1080p, eux, regardent la scène avec l’air d’un poisson rouge devant un aquarium géant.
Le gain est tel que la carte se retrouve souvent limitée par le processeur. En 1080p (et parfois même en 1440p), la RTX 4090 attend le reste de la machine. Pour en profiter pleinement, il faut donc un processeur très haut de gamme et un écran 4K à haute fréquence.
DLSS 3, l’arme secrète
La vraie nouveauté s’appelle DLSS 3. Les versions précédentes de DLSS calculaient une image en basse résolution, puis l’agrandissaient grâce à l’intelligence artificielle. DLSS 3 va plus loin. Il génère des images entières entre deux images calculées par le jeu. En clair, la carte invente une image sur deux.
Le gain est spectaculaire. Dans Cyberpunk 2077 avec le ray tracing, certains tests mesurent près de trois fois plus d’images par seconde qu’avec une RTX 3090. Mais ces images générées ne réagissent pas aux commandes du joueur. La latence ne baisse donc pas au même rythme que le compteur d’images grimpe. Nvidia compense avec Reflex, sa technologie de réduction de latence, obligatoire dans les jeux compatibles DLSS 3.
Pour un jeu solo, le résultat convainc la plupart des testeurs. Pour un jeu compétitif, l’intérêt paraît en revanche plus discutable. Enfin, DLSS 3 reste réservé aux cartes RTX 40. Les possesseurs de RTX 30 profitent toujours de DLSS 2, mais pas de la génération d’images. Nvidia a manifestement trouvé un argument de vente difficile à copier pour les anciennes cartes.
Un monstre gourmand
Toutefois, la puissance a un prix énergétique. La RTX 4090 affiche une consommation de 450 W. Nvidia recommande une alimentation d’au moins 850 W. La carte utilise un nouveau connecteur à 16 broches, fourni avec un adaptateur vers quatre prises 8 broches classiques. Les modèles des partenaires, souvent plus gros encore, occupent parfois l’équivalent de quatre emplacements dans un boîtier.
Avant d’acheter, mieux vaut donc sortir le mètre ruban. Plusieurs boîtiers de taille moyenne ne peuvent tout simplement pas accueillir la carte. Avec l’adaptateur et ses câbles épais, l’installation demande aussi un peu de place sur le côté. L’achat d’une RTX 4090 peut donc s’accompagner de celui d’un nouveau boîtier, d’une nouvelle alimentation et d’une explication délicate à la maison.
Le prix, le vrai problème
À 1 949 €, la RTX 4090 n’est évidemment pas une carte grand public. Le problème touche pourtant toute la gamme. La RTX 4080 16 Go, attendue en novembre, coûtera 1 469 €. La version 12 Go, annoncée à 1 099 €, coûtera elle aussi bien plus cher que la RTX 3080 à son lancement. Les joueurs espéraient une baisse des prix après la pénurie. Ils découvrent l’inverse.
Le contexte joue pourtant en leur faveur. Depuis la mi-septembre, Ethereum ne se mine plus avec des cartes graphiques. Les mineurs revendent leurs cartes. Le marché de l’occasion se remplit donc à vue d’œil. Les stocks de RTX 30 restent importants chez les revendeurs. AMD présentera de son côté ses nouvelles Radeon le 3 novembre. Pour la plupart des joueurs, attendre quelques semaines paraît donc raisonnable.
Ce que ça change pour les développeurs
Pour les studios, la RTX 4090 pose une question classique. Faut-il optimiser pour ce type de machine ? La réponse est non, ou presque. Selon le sondage matériel de Steam, les cartes les plus répandues restent des modèles d’entrée ou de milieu de gamme, comme la GTX 1650. Un jeu PC doit d’abord bien tourner sur ces configurations.
DLSS 3 change pourtant la donne pour les productions les plus ambitieuses. Unreal Engine et Unity proposent déjà des intégrations de DLSS. Ajouter la génération d’images peut offrir aux possesseurs de RTX 40 une expérience très fluide, sans travail d’optimisation supplémentaire. Le risque est de se reposer sur cette technologie pour masquer un jeu mal optimisé. Les joueurs équipés d’autres cartes, majoritaires, en paieraient le prix.
Enfin, la RTX 4090 intéresse directement les développeurs comme outil de travail. Compiler des shaders, calculer des éclairages ou faire tourner un projet sous Lumen et Nanite va beaucoup plus vite. Pour un studio qui travaille sous Unreal Engine 5, l’investissement peut se justifier, là où un joueur hésitera.
La RTX 4090 est un exploit technique hors de prix. Nvidia saura-t-il proposer des cartes plus abordables avant que les joueurs ne se tournent vers AMD ou le marché de l’occasion ?