Godot 4 en bêta : le moteur libre passe un cap

Il aura fallu dix-sept versions alpha depuis le début de l’année. Jeudi 15 septembre, l’équipe de Godot a publié la première bêta de Godot 4. Pour le moteur libre et gratuit, c’est une étape symbolique : les nouvelles fonctions sont figées, place désormais à la chasse aux bugs. Godot 4 en bêta, c’est aussi la promesse d’un moteur capable de rivaliser, sur certains projets, avec Unity et Unreal. Et le calendrier joue en sa faveur, après un été agité chez Unity.

Godot 4 en bêta : ce qui change

Le chantier le plus visible concerne le rendu. Godot 4 abandonne l’ancien moteur graphique pour un nouveau rendu basé sur Vulkan. Le moteur gère désormais l’illumination globale en temps réel, avec un système entièrement réécrit. Il ajoute aussi le brouillard volumétrique et la prise en charge de FSR, la technique de mise à l’échelle d’AMD. Un rendu OpenGL reste prévu pour les machines plus modestes.

Pour les jeux en 3D, la différence saute aux yeux. Godot 3 traînait la réputation d’un moteur solide en 2D mais limité en 3D. Godot 4 vise clairement à combler cet écart. Il ne fera pas tourner The Matrix Awakens demain matin, mais il ne rougit plus devant les captures d’écran des autres moteurs.

Le langage maison, GDScript, passe lui aussi à la version 2.0. Il gagne des fonctions anonymes, des tableaux typés et une nouvelle syntaxe pour les opérations asynchrones. Les performances progressent également. L’équipe a aussi retravaillé le moteur physique, le système d’animation 3D et l’éditeur de tuiles pour la 2D. Enfin, l’éditeur profite de nombreuses améliorations de confort.

Une bêta, pas une version finale

Toutefois, une bêta reste une bêta. L’équipe le répète : Godot 4 n’est pas prêt pour la production. Des bugs subsistent, certaines fonctions évolueront encore et les performances ne sont pas toujours au rendez-vous. Lancer un jeu commercial sur cette version serait donc imprudent.

La migration depuis Godot 3 pose aussi problème. Les changements sont profonds, notamment dans GDScript et dans le rendu. Un outil de conversion existe, mais il ne règle pas tout. Les projets les plus avancés devront sans doute rester sur Godot 3 jusqu’à leur sortie. La branche 3.x continuera d’ailleurs à recevoir des mises à jour.

La prise en charge de C#, très demandée par les développeurs venus d’Unity, reste par ailleurs en chantier. L’équipe migre vers les versions récentes de .NET, ce qui prend du temps. Les transfuges d’Unity devront patienter encore un peu avant de recopier leur code sans retouche.

Le pari du logiciel libre

Godot repose sur un modèle très différent de celui de ses concurrents. Le moteur utilise la licence MIT, l’une des plus permissives qui soient. Il est gratuit, sans redevance ni abonnement. Un studio peut même modifier le code source du moteur et garder ses modifications pour lui. Aucune entreprise ne peut changer les conditions du jour au lendemain.

Les dons financent la majeure partie du développement, notamment via Patreon. Des entreprises contribuent aussi. Grâce à cet argent, une poignée de développeurs travaillent à plein temps sur le moteur, aidés par des centaines de bénévoles. Le résultat impressionne pour une équipe aussi réduite. Il explique aussi la lenteur relative du développement : Godot 4 était initialement attendu bien plus tôt.

Un timing idéal

L’été a donné un sérieux coup de pouce à Godot. En juillet, Unity a annoncé sa fusion avec ironSource, spécialiste de la publicité mobile. Dans la foulée, son PDG a traité de « putains d’idiots » les développeurs qui négligent la monétisation. De nombreux développeurs indépendants ont alors annoncé leur intention de regarder ailleurs. Godot est souvent revenu dans les discussions.

Pour un studio indépendant, l’argument a du poids. Avec un moteur libre, personne ne peut imposer une régie publicitaire, augmenter les tarifs ou changer les règles. Le code reste accessible quoi qu’il arrive. Pour une petite équipe qui construit son activité sur plusieurs années, cette sécurité vaut de l’or.

Ce que ça change pour les développeurs

À court terme, rien ne presse. Un projet en cours sous Godot 3, Unity ou Unreal n’a aucune raison de changer de moteur maintenant. En revanche, un studio qui prépare un nouveau projet peut tester Godot 4 dès aujourd’hui. Prototyper sur la bêta permet de se faire une idée du moteur avant la version finale.

Godot reste aussi limité sur certains points. L’exportation vers les consoles demande de passer par des sociétés tierces, faute de kits officiels intégrés. Les outils et les ressources disponibles restent moins nombreux que sur l’Asset Store d’Unity. Enfin, trouver des développeurs expérimentés sur Godot reste plus difficile pour un studio qui recrute.

Pour un développeur seul ou une petite équipe, Godot 4 devient pourtant une option très sérieuse. Le moteur est léger, rapide à prendre en main et sa communauté grandit vite. La 2D reste son point fort, mais la 3D progresse nettement.

Autre avantage souvent oublié : sa légèreté. L’éditeur se télécharge en quelques dizaines de mégaoctets et se lance en quelques secondes, sans installateur ni compte à créer. Il tourne aussi sur des machines modestes, ce qui compte pour les étudiants et les développeurs amateurs. Beaucoup découvrent ainsi le développement de jeux avec Godot lors d’une game jam. Certains y restent ensuite pour leurs projets plus ambitieux.

Godot 4 en bêta marque un cap pour le moteur libre. La version finale suffira-t-elle à convaincre les studios inquiets de l’avenir d’Unity, ou Godot restera-t-il le moteur des passionnés ?

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