Windows 11 et le jeu PC : DirectStorage, Auto HDR et exigences matérielles

Microsoft le présentait comme « le meilleur Windows pour le jeu ». Windows 11 est disponible depuis le 5 octobre, gratuitement pour les PC compatibles sous Windows 10. Coins arrondis, barre des tâches centrée, menu Démarrer remanié : le changement se voit tout de suite. Pour les joueurs, les promesses tiennent en trois mots. DirectStorage, Auto HDR et intégration Xbox. Encore faut-il avoir une machine compatible et ne pas tomber sur les premiers bugs.

Windows 11 et ses exigences matérielles

C’est le sujet qui fâche depuis l’annonce en juin. Windows 11 exige une puce de sécurité TPM 2.0, le démarrage sécurisé et un processeur récent. En pratique, Microsoft ne prend officiellement en charge que les processeurs Intel à partir de la huitième génération. Chez AMD, il faut au moins un Ryzen 2000. Un PC de jeu de 2017, parfaitement capable de faire tourner les jeux du moment, peut donc se voir refuser la mise à jour.

Beaucoup de cartes mères récentes intègrent la fonction TPM, mais elle est souvent désactivée par défaut dans le BIOS. Des milliers de joueurs ont ainsi découvert un acronyme qu’ils n’avaient jamais eu besoin de connaître. Il y a quelque chose de cocasse à voir un PC capable de faire tourner Cyberpunk 2077 recalé pour « matériel insuffisant ».

Microsoft justifie ces exigences par la sécurité et la stabilité. L’argument se tient : le TPM protège notamment les clés de chiffrement et limite certaines attaques au démarrage. Il laisse pourtant de côté une bonne partie du parc existant. Pour ces machines, Microsoft continuera de prendre en charge Windows 10 jusqu’en octobre 2025. Il reste donc quatre ans de mises à jour de sécurité, de quoi voir venir.

DirectStorage, la promesse pour plus tard

La fonction la plus attendue par les joueurs s’appelle DirectStorage. Héritée de la Xbox Series, elle permet à la carte graphique de charger les données du jeu directement depuis un SSD NVMe, en sollicitant beaucoup moins le processeur. Sur le papier, les temps de chargement fondent et les mondes ouverts peuvent charger leurs décors bien plus vite.

Il y a pourtant deux bémols. D’abord, DirectStorage ne fonctionne que si les studios conçoivent leurs jeux pour l’utiliser. Aucun jeu PC n’en profite aujourd’hui. Les studios commencent à peine à tester l’outil en préversion. Ensuite, Microsoft a précisé que DirectStorage arriverait aussi sur Windows 10. L’argument « exclusif à Windows 11 » perd donc de sa force. Comme souvent, la révolution du chargement est prévue pour plus tard, ce qui laisse le temps de charger la bande-annonce.

Auto HDR et intégration Xbox

Auto HDR fonctionne en revanche dès maintenant. Le système ajoute un rendu HDR aux jeux DirectX 11 et DirectX 12 qui n’en proposent pas. Il faut évidemment un écran compatible. Le résultat varie d’un jeu à l’autre, mais il donne une seconde jeunesse à certains titres anciens. Les jeux aux couleurs vives en profitent le plus. D’autres virent parfois au surexposé, avec des ciels qui brûlent les yeux. On peut l’activer ou le désactiver jeu par jeu.

L’application Xbox est aussi mieux intégrée au système. Elle donne accès au catalogue du Game Pass PC et au cloud gaming de Microsoft. Une barre de jeu permet en outre d’enregistrer des séquences, de discuter avec ses amis ou de surveiller les performances sans quitter la partie. Rien de vraiment neuf pour les habitués de Windows 10, mais l’ensemble paraît plus cohérent. Pour les abonnés, c’est pratique. Pour les autres, c’est surtout un rappel que Microsoft veut faire de Windows une vitrine pour ses services.

Des débuts en demi-teinte

Les premiers jours ont aussi révélé des problèmes, comme à chaque nouvelle version de Windows. AMD a reconnu que Windows 11 ralentit ses processeurs Ryzen. La latence du cache L3 peut tripler, ce qui fait perdre de 3 à 5 % de performances dans de nombreuses applications. Dans certains jeux d’esport, la perte peut atteindre 10 à 15 %. Un second problème empêche parfois le système d’envoyer les tâches légères sur le cœur le plus rapide du processeur. AMD et Microsoft promettent des correctifs dans le courant du mois.

D’autres fonctions annoncées manquent encore à l’appel. Les applications Android, présentées comme un argument phare en juin, n’arriveront que plus tard. Plusieurs tests ont aussi pointé l’impact de certaines protections de sécurité activées par défaut sur les PC neufs, qui peuvent coûter des images par seconde dans quelques jeux.

Faut-il passer à Windows 11 ?

Pour un joueur, la réponse est simple : rien ne presse. Une mise à jour de système d’exploitation n’a jamais rendu un jeu plus amusant. Le gain concret se limite pour l’instant à Auto HDR, réservé aux écrans compatibles. Les possesseurs de processeurs Ryzen ont même intérêt à attendre les correctifs. Microsoft déploie d’ailleurs la mise à jour progressivement, jusqu’à la mi-2022.

Pour les développeurs, Windows 11 ne change pas grand-chose à court terme. Le sondage matériel de Steam le confirmera dans les prochains mois. L’immense majorité des joueurs restera sous Windows 10 pendant encore longtemps. DirectStorage ne sera d’ailleurs pas réservé au nouveau système. Un studio qui conçoit son jeu en partant du principe que tout le monde a un SSD NVMe et Windows 11 se coupera d’une grande partie de son public.

La vraie question se posera quand les premiers jeux exploiteront DirectStorage. Ils feront peut-être de Windows 11 un passage obligé pour les joueurs PC. Ou bien ils prouveront que Windows 10 suffisait déjà.

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