Il y a des extensions qui ajoutent quelques quêtes et une nouvelle arme. Et il y a Shadow of the Erdtree. Sortie le 21 juin, l’extension d’Elden Ring s’est vendue à cinq millions d’exemplaires en trois jours, selon Bandai Namco. Elle affiche des moyennes proches de 95 sur Metacritic, du jamais-vu pour un contenu additionnel. Pourtant, sur Steam, ses évaluations sont tombées à « moyennes ». Shadow of the Erdtree est une extension plus grande que bien des jeux. Elle est aussi plus difficile que la plupart d’entre eux.
Shadow of the Erdtree, un monde entier en plus
Le joueur quitte l’Entre-terre pour le Royaume des Ombres, une région inédite qu’il découvre en touchant le corps desséché de Mohg. Le décor change aussitôt : plaines de fleurs blanches, châteaux perchés, ruines englouties et forêts brûlées. La carte semble modeste au premier coup d’œil. Elle se révèle immense, avec des zones superposées, des souterrains et des passages secrets.
Le contenu, lui, donne le tournis. FromSoftware annonce une nouvelle série de boss, de nouvelles catégories d’armes et des dizaines de sorts et d’objets inédits. Les joueurs les plus méthodiques comptent plus de trente heures pour en venir à bout. Certains dépassent largement la cinquantaine. Pour 39,99 €, on obtient plus d’heures de jeu que dans la majorité des jeux vendus au prix fort. Sans doute plus de morts aussi.
Le scénario s’articule autour de Messmer l’Empaleur, fils de la reine Marika. Les secrets de Miquella occupent l’autre versant de l’intrigue. Comme toujours chez FromSoftware, l’histoire se dévoile par fragments, au détour d’une description d’objet ou d’une rencontre fortuite. Les amateurs de théories ont de quoi s’occuper pendant des mois.
Une difficulté qui divise
Le principal reproche concerne la difficulté. L’extension introduit un nouveau système de progression, basé sur les fragments d’Arbre-Ombre. Ces objets, cachés dans le Royaume des Ombres, renforcent le personnage uniquement dans cette zone. Sans eux, même un personnage de haut niveau se fait balayer par les ennemis de base.
Ce système déroute pourtant de nombreux joueurs. Les vétérans d’Elden Ring, habitués à écraser les boss du jeu de base, se retrouvent soudain en difficulté. Certains combats, notamment le dernier, ont déclenché une avalanche de critiques sur Steam. Les évaluations récentes de l’extension sont ainsi tombées à « moyennes » quelques jours après la sortie.
Hidetaka Miyazaki, le directeur du jeu, assume toutefois ce choix. Il expliquait récemment qu’adoucir la difficulté reviendrait à « casser le jeu ». Pour FromSoftware, le défi fait partie de l’identité de la série. Le studio a toujours considéré la frustration comme un ingrédient, pas comme un défaut de fabrication.
La version PC, toujours pas à la hauteur
Par ailleurs, les critiques visent les performances. Sur PC, le jeu reste bloqué à 60 images par seconde. Il ne prend toujours pas en charge les écrans ultralarges. Certains joueurs signalent des chutes de fréquence d’images dans les zones les plus chargées, en particulier dans les grandes plaines.
Ces problèmes ne surprennent d’ailleurs personne. Elden Ring souffrait déjà de saccades et de limitations techniques à sa sortie, en 2022. FromSoftware a corrigé une partie de ces défauts au fil des mises à jour. Mais la version PC reste en retrait par rapport à ce qu’on attend d’un jeu de cette envergure. Les moddeurs, comme toujours, proposent déjà des correctifs non officiels.
Ce que les développeurs peuvent en retenir
Pour un studio, Shadow of the Erdtree montre d’abord qu’une extension peut rivaliser avec un jeu complet. FromSoftware n’a pas simplement ajouté du contenu : le studio a conçu une région entière, avec sa propre logique et sa propre progression. Ce modèle rappelle les grandes extensions d’autrefois, comme celles de The Witcher 3.
Le système des fragments d’Arbre-Ombre illustre ensuite un vrai problème de design. Comment proposer un défi à des joueurs déjà surpuissants, sans rendre le jeu impossible pour les autres ? FromSoftware a choisi de remettre tout le monde à égalité. Le choix se défend, mais il demande une meilleure explication au joueur. Beaucoup n’ont compris le système qu’après plusieurs heures de frustration.
Enfin, l’extension rappelle l’importance d’une version PC soignée. Les joueurs PC représentent une part majeure des ventes d’Elden Ring. Négliger leurs attentes techniques, comme la fréquence d’images débloquée, alimente une frustration qui se retrouve directement dans les évaluations Steam.
Le succès malgré tout
Ces critiques n’empêchent pas pour autant le succès. Elden Ring s’était déjà vendu à plus de 25 millions d’exemplaires avant la sortie de l’extension. L’extension prolonge la vie du jeu et attire de nombreux joueurs qui l’avaient abandonné.
Le retour des grandes extensions
Ce succès relance aussi un modèle que l’on croyait en voie de disparition. Depuis plusieurs années, les éditeurs privilégient les passes de saison, les petits contenus réguliers et les boutiques d’objets. Les grandes extensions, vendues comme un produit à part entière, se font rares. FromSoftware prouve qu’elles gardent un public massif.
Le modèle a en effet ses avantages pour un studio. Il permet de réutiliser le moteur, les systèmes et une partie des ressources du jeu de base. Il prolonge les ventes du jeu principal, que les retardataires achètent pour accéder à l’extension. Surtout, il évite la pression permanente d’un jeu-service, avec ses mises à jour hebdomadaires et ses événements à rallonge.
Shadow of the Erdtree est une extension plus grande que bien des jeux. Elle se montre aussi plus exigeante. FromSoftware a-t-il trouvé le bon équilibre entre défi et frustration, ou cette extension marque-t-elle les limites de sa formule ?
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