GDC 2023 : l’IA générative partout

GDC 2023

Chaque année, la Game Developers Conference de San Francisco fixe le sujet de conversation des mois à venir. En 2023, impossible de passer à côté. Du 20 au 24 mars, l’intelligence artificielle générative s’est invitée dans les conférences, sur les stands et dans les annonces. Ubisoft, Unity et Roblox ont chacun présenté leurs outils. Quelques jours plus tôt, OpenAI avait dévoilé GPT-4 et Midjourney sa version 5. À la GDC 2023, l’IA générative était partout. Les développeurs, eux, ne savent pas encore s’ils doivent s’en réjouir.

GDC 2023 : l’IA générative à tous les étages

Ubisoft a ouvert le bal avec Ghostwriter. Développé par La Forge, la cellule de recherche de l’éditeur, cet outil génère des premières versions de « barks ». Ces petites phrases lancées par les personnages non joueurs remplissent les mondes ouverts : un garde qui s’ennuie, un passant qui commente la météo. Un jeu comme Assassin’s Creed en compte des milliers.

Le fonctionnement reste simple. Le scénariste clique sur un bouton et l’outil propose deux répliques. L’auteur peut les accepter, les modifier ou les jeter. Ses choix servent ensuite à améliorer le modèle. Ubisoft insiste sur un point : Ghostwriter ne remplace pas les scénaristes. Il les débarrasse d’une tâche répétitive. Écrire la quarante-septième variante de « J’ai entendu un bruit » n’a jamais été le rêve d’un scénariste.

Unity a de son côté publié une courte vidéo. On y voit un développeur taper des demandes en langage naturel, comme « donne-moi un grand terrain avec un ciel menaçant ». Le moteur s’exécute. L’éditeur propose de rejoindre un programme d’accès anticipé, sans donner de date ni de détails techniques. Roblox, enfin, a lancé en bêta deux outils : un assistant qui complète le code et un générateur de matériaux à partir d’une description.

Epic préfère la génération procédurale

Epic a choisi une autre voie lors de son State of Unreal, le 22 mars. Pas d’IA générative au programme, mais des outils de génération procédurale. Unreal Engine 5.2, présenté en avant-première, intègre un système expérimental qui peuple de grands mondes à partir de règles définies par les artistes. La démo Electric Dreams montre un pick-up qui roule dans une forêt construite en partie par ce système.

Epic a aussi présenté MetaHuman Animator, attendu cet été. L’outil capture les expressions d’un acteur avec un simple iPhone et les applique à un personnage MetaHuman. Le résultat, montré sur scène, impressionne. Jusqu’ici, une capture faciale de cette qualité demandait un studio spécialisé, des caméras coûteuses et des semaines de nettoyage. Pour un petit studio, elle devient enfin accessible.

L’autre grande annonce concerne Fortnite. L’éditeur Unreal pour Fortnite est désormais disponible en bêta publique. Les créateurs peuvent publier leurs propres expériences dans le jeu, avec un nouveau langage de programmation, Verse. Epic reverse en outre 40 % des revenus nets de la boutique de Fortnite aux créateurs, selon l’activité de leurs îles. Epic n’a pas besoin d’IA pour remplir Fortnite : des millions de créateurs s’en chargent déjà.

Les développeurs partagés

L’enthousiasme des éditeurs ne fait pas l’unanimité. Sur les réseaux sociaux, l’annonce de Ghostwriter a déclenché une vague de critiques. Beaucoup de développeurs craignent pour leur emploi, dans un contexte déjà marqué par des licenciements massifs depuis janvier. D’autres s’inquiètent de la provenance des données utilisées pour entraîner ces modèles.

La question juridique reste en effet entière. Les modèles d’IA générative apprennent à partir de textes et d’images collectés en ligne, souvent sans l’accord de leurs auteurs. Des procès sont déjà en cours aux États-Unis contre plusieurs entreprises du secteur. Des artistes ont notamment attaqué Stability AI et Midjourney en justice en janvier. Pour un éditeur, utiliser ces outils dans un jeu commercial présente donc un risque.

Ubisoft présente d’ailleurs Ghostwriter comme un outil interne, nourri par les choix de ses propres scénaristes. D’autres éditeurs pourraient suivre cette logique. Un studio qui possède des années de dialogues, de textures ou d’animations dispose d’une base d’apprentissage précieuse. Surtout, il en détient les droits.

Ce que ça change pour les développeurs

À court terme, ces outils visent surtout les tâches répétitives : variantes de dialogues, textures, terrains, code de base. Ils ne remplacent ni un scénariste, ni un directeur artistique, ni un programmeur expérimenté. Ils peuvent en revanche accélérer certaines étapes de production.

Les métiers risquent pourtant d’évoluer. Un scénariste passera peut-être plus de temps à relire et à corriger qu’à écrire. Un graphiste devra apprendre à guider un outil plutôt qu’à tout créer à la main. Les profils juniors, qui commencent souvent par ces tâches répétitives, pourraient être les premiers touchés.

Pour les petits studios, l’équation est différente. Avec peu de moyens, l’IA peut combler certains manques, à condition de respecter les droits d’auteur. Un développeur seul pourra générer des textures ou des répliques secondaires sans recruter. Reste à savoir si les joueurs accepteront des jeux remplis de contenus générés.

Une conférence qui donne le ton

La GDC 2023 a surtout montré une chose : les grands éditeurs ont fait leur choix. L’IA générative va entrer dans les outils de production, que les développeurs le veuillent ou non. Les prochains mois diront si ces outils tiennent leurs promesses. Pour l’instant, la plupart restent au stade de la démonstration ou de la bêta fermée.

À la GDC 2023, l’IA générative a volé la vedette aux jeux. Les studios sauront-ils l’utiliser pour soulager leurs équipes, ou s’en serviront-ils pour réduire encore leurs effectifs ?

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