Elden Ring est sorti le 25 février et il est déjà difficile de parler d’autre chose. Le nouveau jeu de FromSoftware, écrit avec la participation de George R. R. Martin pour son univers, récolte des notes dithyrambiques. Sur Steam, il a grimpé en quelques jours parmi les jeux les plus joués de l’histoire de la plateforme. Pourtant, sur la page Steam, les évaluations des joueurs restaient « moyennes » le jour de la sortie. La raison tient en un mot : saccades. Elden Ring sur PC est un chef-d’œuvre qui trébuche.
Le chef-d’œuvre d’abord
Commençons par le jeu lui-même. Elden Ring transpose la formule des Dark Souls dans un monde ouvert, l’Entre-terre. On y retrouve les combats exigeants, les boss gigantesques et la narration par fragments propres à FromSoftware. Mais le monde ouvert change la donne. Bloqué face à un boss, on peut partir voir ailleurs, gagner en puissance et revenir plus tard. Le jeu reste difficile. Il est surtout beaucoup plus libre.
La direction artistique fait le reste. Châteaux en ruine, forêts empoisonnées, cités souterraines : chaque région réserve sa surprise. Hidetaka Miyazaki et ses équipes ont réussi un exploit rare. Ils ont construit un monde ouvert où l’on a envie de tout fouiller, sans liste de tâches ni icônes partout sur la carte. Ubisoft devrait sans doute envoyer quelques stagiaires prendre des notes.
La critique ne s’y trompe pas. Les tests saluent un jeu qui ose faire confiance au joueur, sans le guider par la main. Les moyennes dépassent les 90 sur 100 sur toutes les plateformes. Elden Ring s’impose déjà comme l’un des grands jeux de l’année.
Elden Ring sur PC : le problème des saccades
Elden Ring sur PC, en revanche, se gâte vite. De nombreux joueurs signalent des saccades : des micro-blocages de quelques dixièmes de seconde, en particulier lors de la découverte d’une zone ou d’un nouvel effet visuel. Le problème touche aussi les configurations haut de gamme. Une RTX 3080 ne protège pas d’un gel d’écran au moment où un dragon crache son premier souffle.
Ces saccades ne viennent pourtant pas d’un manque de puissance. Elles tiennent, pour une bonne part, à la compilation des shaders. Sous DirectX 12, le jeu doit préparer certains programmes graphiques pour la carte de chaque joueur. Sur console, ce travail se fait en amont, puisque tout le monde possède le même matériel. Sur PC, si le jeu compile ces shaders au moment où il en a besoin, l’image se fige le temps du calcul. Les joueurs le ressentent comme un hoquet permanent.
D’autres défauts s’ajoutent ensuite. Le jeu reste bloqué à 60 images par seconde. Il ne prend pas en charge les écrans ultralarges. Certains joueurs rencontrent aussi des plantages au lancement liés à l’anti-triche Easy Anti-Cheat. Bandai Namco a reconnu les problèmes dès la sortie. Un premier correctif, publié le jour même, n’a pas suffi à tout régler. L’éditeur recommande de mettre à jour ses pilotes graphiques et promet des correctifs rapides.
Une vieille habitude de FromSoftware
Les amateurs de la série ne sont d’ailleurs pas vraiment surpris. FromSoftware a toujours eu une relation compliquée avec le PC. Le premier Dark Souls, sorti en 2012 sur PC, tournait dans une résolution ridicule. Il avait fallu qu’un passionné publie un correctif, DSfix, pour le rendre jouable correctement. Les épisodes suivants ont progressé. Elden Ring reste pourtant en deçà de ce qu’on attend d’un jeu à gros budget sur PC en 2022. Chez FromSoftware, même les ports PC ont un niveau de difficulté élevé.
Le studio n’est cependant pas seul en cause. La compilation des shaders sous DirectX 12 pose problème à de nombreux jeux récents, y compris sous Unreal Engine 4. C’est devenu l’un des défauts les plus fréquents des portages PC. Il existe pourtant des solutions connues : compiler les shaders pendant un écran de chargement au premier lancement, ou les garder en cache pour éviter de les recalculer.
Ce que les développeurs doivent en retenir
Pour un studio, la leçon dépasse largement Elden Ring sur PC. Sur PC, les joueurs tolèrent une baisse de résolution ou quelques réglages en moins. Ils tolèrent beaucoup moins les saccades, qui cassent la sensation de contrôle. Dans un jeu exigeant où chaque esquive compte, un gel d’un quart de seconde peut coûter la partie. Pour un jeu d’action, la fluidité passe avant le réalisme.
Il faut donc prévoir la compilation des shaders dès la conception, pas à la fin. Un écran de préparation de deux minutes au premier lancement agace beaucoup moins qu’une saccade toutes les trente secondes pendant cent heures. Tester sur des configurations variées permet aussi de repérer ces problèmes avant les joueurs. La machine du programmeur principal ne représente personne. Enfin, proposer quelques options de base, comme la fréquence d’images débloquée ou l’écran ultralarge, coûte peu et rassure beaucoup.
Faut-il y jouer sur PC maintenant ?
Le jeu reste parfaitement jouable sur PC. Beaucoup de joueurs y passent déjà des dizaines d’heures sans trop souffrir. Ceux qui sont sensibles aux saccades peuvent attendre les premiers correctifs promis par Bandai Namco. Elden Ring coûte 59,99 €. Il ne va pas disparaître dans les semaines qui viennent. L’Entre-terre sera d’ailleurs toujours aussi grande après un patch ou deux.
FromSoftware a signé l’un des meilleurs jeux de ces dernières années. Saura-t-il enfin offrir au PC une version à la hauteur de son talent, ou faudra-t-il encore compter sur les moddeurs pour finir le travail ?
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