68,7 milliards de dollars. C’est le prix que Microsoft a annoncé mardi 18 janvier pour racheter Activision Blizzard, soit 95 dollars par action. Le chiffre donne le vertige. Il dépasse de très loin les 7,5 milliards déboursés l’an dernier pour ZeniMax et Bethesda. Avec cette opération, Microsoft rachète Activision Blizzard et devient le troisième acteur mondial du jeu vidéo par le chiffre d’affaires, derrière Tencent et Sony. Reste à savoir ce que Microsoft achète vraiment. Et surtout ce que l’opération coûtera au reste du secteur.
Microsoft rachète Activision Blizzard : le catalogue
La liste des licences parle d’abord d’elle-même. Call of Duty, Warcraft, Diablo, Overwatch, StarCraft, Tony Hawk, Crash Bandicoot et Spyro rejoignent le giron de la Xbox. S’y ajoute King, l’éditeur de Candy Crush, qui apporte une présence massive sur mobile. C’est précisément là que Microsoft reste le plus faible. Avec King, l’éditeur gagne d’un coup des centaines de millions de joueurs sur téléphone, un public que la Xbox n’a jamais su toucher.
Phil Spencer, le patron de Xbox, a d’ailleurs déjà évoqué l’arrivée de nombreux jeux Activision Blizzard dans le Game Pass. Le service compte désormais plus de 25 millions d’abonnés, selon Microsoft. Pour un abonnement qui vit de son catalogue, mettre la main sur Call of Duty change tout. Il fallait bien trouver de quoi justifier une hausse du prix du Game Pass un jour ou l’autre.
Le rachat doit être finalisé au cours de l’exercice fiscal 2023 de Microsoft, soit entre juillet 2022 et juin 2023. Les conseils d’administration des deux entreprises l’ont approuvé. Les autorités de la concurrence, elles, n’ont pas encore dit leur mot. Elles risquent de prendre leur temps.
Un éditeur en pleine tempête
Le moment, pourtant, n’a rien d’un hasard. Depuis juillet dernier, Activision Blizzard traverse la pire crise de son histoire. L’État de Californie a porté plainte pour harcèlement et discrimination envers les femmes au sein de l’entreprise. Des départs en série ont suivi, jusque dans les équipes de Diablo IV. En novembre, le Wall Street Journal a ensuite accusé le patron, Bobby Kotick, d’avoir minimisé des faits graves. Des milliers de salariés ont alors réclamé sa démission.
Le cours de l’action a donc logiquement dégringolé. Pour Microsoft, c’était l’occasion d’acheter un géant affaibli. Phil Spencer avait pourtant déclaré en novembre qu’il réévaluait la relation de Microsoft avec Activision. Deux mois plus tard, il achète l’entreprise. La réévaluation a manifestement abouti à une conclusion assez nette.
Bobby Kotick reste toutefois pour l’instant à la tête de l’éditeur. Les équipes rapporteront ensuite à Phil Spencer une fois le rachat finalisé. La presse américaine prête déjà à Kotick un départ à ce moment-là. Pour les salariés, c’est sans doute la meilleure nouvelle de la semaine.
La question Call of Duty
Le rachat soulève une question évidente : Call of Duty restera-t-il sur PlayStation ? La série se vend chaque année par millions sur les consoles de Sony. Microsoft se garde pour l’instant de tout engagement ferme. Rien n’interdit donc de réserver un jour les nouveaux épisodes à la Xbox et au PC, une fois les contrats en cours arrivés à échéance.
C’est justement sur ce point que les régulateurs vont se pencher. Aux États-Unis, en Europe et au Royaume-Uni, les autorités examineront si Microsoft risque de priver ses concurrents d’une licence majeure du marché. L’issue n’a rien de garanti. Une opération de cette taille dans le jeu vidéo n’a aucun précédent. Si Microsoft rachète Activision Blizzard sans conditions, d’autres géants de la tech pourraient être tentés de suivre le même chemin. Les régulateurs le savent.
Ce que ça change pour les joueurs PC
Pour les joueurs PC, l’opération a de quoi rassurer sur un point. Blizzard est d’abord une maison du PC, de Warcraft à Diablo en passant par StarCraft. Son lanceur Battle.net équipe les PC des joueurs depuis plus de vingt ans. Microsoft sort désormais ses grands jeux sur PC le jour même, souvent sur Steam en plus du Game Pass. Les licences Blizzard ne devraient donc pas pâtir du changement. Diablo IV et Overwatch 2 arriveront logiquement dans le Game Pass PC. Phil Spencer cite aussi ces licences parmi les candidates naturelles au cloud gaming de Microsoft, qui permet de jouer sans machine puissante.
En revanche, la concentration du secteur pose question. Ce mois-ci, Take-Two a annoncé le rachat de Zynga pour 12,7 milliards de dollars. Embracer accumule les studios en Suède. Les géants avalent les éditeurs moyens. Les studios indépendants de taille intermédiaire, eux, deviennent des proies plutôt que des concurrents. Le jeu vidéo ressemble de plus en plus à l’industrie du cinéma, avec quelques grands groupes qui contrôlent la plupart des licences connues.
Et pour les développeurs ?
Pour les équipes d’Activision Blizzard, l’arrivée de Microsoft peut apporter un peu de stabilité. Microsoft passe pour une entreprise à la culture moins toxique. Ses studios rachetés ont souvent gardé une certaine autonomie. Les testeurs de Raven Software, en grève depuis décembre pour protester contre des licenciements, suivront de près l’attitude du futur propriétaire.
Pour les studios indépendants, l’effet est en revanche plus indirect. Le Game Pass, gonflé par Call of Duty et Diablo, pèsera encore plus lourd sur le marché. Être choisi pour y figurer pourra faire décoller un jeu. Ne pas l’être pourrait au contraire le rendre invisible auprès de millions d’abonnés.
Microsoft rachète Activision Blizzard au prix fort. Les régulateurs laisseront-ils le plus gros rachat de l’histoire du jeu vidéo se conclure sans conditions ?
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