Quatre ans après le naufrage de Battlefield 2042, DICE tenait sa revanche. Battlefield 6 est sorti le 10 octobre sur PC, PS5 et Xbox Series. Le jour même, il atteignait 747 000 joueurs simultanés sur Steam. Aucun Battlefield n’avait jamais fait mieux sur la plateforme de Valve. Le jeu entre même dans le top 15 des plus hauts pics de l’histoire de Steam, juste derrière Baldur’s Gate 3. Battlefield 6 sur PC confirme ainsi le retour en grâce de la série. Les joueurs de 2042 viennent enfin de recevoir leurs excuses, avec quatre ans de retard.
Battlefield 6 sur PC, un lancement record
Le succès se dessinait déjà cet été. La bêta ouverte, en août, avait attiré plus de 520 000 joueurs simultanés sur Steam. EA l’avait présentée comme la plus grande bêta de l’histoire de la série. Le lancement a confirmé cette tendance, au-delà des attentes.
Le jeu revient d’abord aux fondamentaux. Exit les spécialistes de 2042 et les cartes géantes à 128 joueurs. Battlefield 6 retrouve les quatre classes traditionnelles, des cartes plus resserrées et une destruction poussée. L’action se déroule en 2027, dans un conflit entre l’OTAN et une société militaire privée baptisée Pax Armata.
L’accueil reste globalement positif. Sur Steam, environ trois joueurs sur quatre recommandent le jeu. Beaucoup saluent le meilleur Battlefield depuis des années. D’autres, en revanche, regrettent un rythme plus proche de Call of Duty que de la série historique. La campagne solo, courte et convenue, ne convainc guère.
Une optimisation enfin soignée
Sur le plan technique, la bonne surprise vient des performances. Le jeu tourne correctement sur une large gamme de configurations. Les cartes graphiques de milieu de gamme de génération précédente suffisent pour jouer dans de bonnes conditions. Pour un jeu de tir aussi chaotique, c’est appréciable.
Ce résultat tient en partie à un choix fort de DICE. Le studio a renoncé au ray tracing, pour privilégier la fluidité et la stabilité. Le moteur Frostbite, longtemps décrié pour sa complexité, montre ici son meilleur visage. Les effets de destruction, la fumée et les explosions restent spectaculaires sans mettre les machines à genoux. Pour une fois, un jeu à gros budget a choisi la fluidité plutôt que des reflets parfaits dans les flaques de boue.
Le développement a mobilisé plusieurs studios. Réunis sous la bannière Battlefield Studios, DICE, Criterion, Motive et Ripple Effect ont travaillé ensemble. Vince Zampella, cocréateur de Call of Duty et de Titanfall, supervise désormais la licence chez EA.
La triche, ennemi numéro un
Sur PC, la lutte contre la triche fait aussi débat. Le jeu utilise Javelin, l’anticheat maison d’EA, qui fonctionne au niveau du noyau du système. Il exige par ailleurs l’activation du Secure Boot, une option de sécurité du BIOS. Certains joueurs ont dû fouiller dans les réglages de leur carte mère pour pouvoir lancer le jeu.
Cette exigence a provoqué de vives critiques. Les joueurs sous Linux ou sur Steam Deck ne peuvent pas jouer. Ceux qui possèdent des configurations anciennes rencontrent parfois des difficultés. EA assume pourtant ce choix. Pendant la bêta, l’éditeur affirmait déjà avoir bloqué des centaines de milliers de tentatives de triche. La triche reste en effet le principal fléau des jeux de tir en ligne sur PC.
Le lancement n’a pas été parfait non plus. Un bug de l’application EA a empêché certains acheteurs d’accéder au jeu, en leur réclamant l’achat d’un contenu inexistant. Vince Zampella a lui-même qualifié l’incident d’« embarrassant ». EA l’a corrigé en quelques heures et offre des bonus aux joueurs concernés.
Portal et Godot, la bonne idée pour les créateurs
Le mode Portal fait par ailleurs son retour. Il permet aux joueurs de créer leurs propres modes de jeu, avec des règles personnalisées. Fait notable, son kit de développement s’appuie sur Godot, le moteur libre, pour l’édition des cartes. Les créateurs peuvent ainsi modifier les terrains, ajouter des objets et concevoir des expériences complètes.
Pour la communauté des moddeurs, c’est une excellente nouvelle. Godot reste gratuit, ouvert et accessible. Beaucoup de développeurs amateurs le connaissent déjà. EA profite ainsi d’un outil populaire, sans avoir à concevoir un éditeur complet.
Un enjeu de taille pour EA
Le calendrier ajoute enfin une pression particulière. Fin septembre, EA a annoncé son rachat par un consortium mené par le fonds souverain saoudien, pour 55 milliards de dollars. Battlefield 6 devient donc la première grosse sortie du groupe sous ce nouvel horizon. Un échec aurait fragilisé DICE au pire moment.
La suite s’annonce chargée. La saison 1 débute le 28 octobre, avec de nouvelles cartes et de nouveaux modes. Vendu 69,99 dollars, le jeu devra aussi fidéliser ses joueurs sur la durée, à coups de passes de combat et de contenus réguliers.
Ce que les développeurs peuvent en retenir
Pour un studio, Battlefield 6 rappelle d’abord l’importance d’écouter sa communauté. Après l’échec de 2042, DICE est revenu aux bases qui ont fait le succès de la série. Les joueurs l’ont récompensé.
Le jeu montre ensuite qu’une optimisation soignée vaut parfois mieux qu’une technologie de pointe. Renoncer au ray tracing a permis de toucher un public plus large. Sur PC, où le parc reste très hétérogène, ce choix fait la différence.
Enfin, l’utilisation de Godot pour le mode Portal illustre un changement d’époque. Même un éditeur géant peut s’appuyer sur un outil libre pour ouvrir son jeu aux créateurs.
Battlefield 6 sur PC signe le meilleur lancement de l’histoire de la série. Le jeu saura-t-il tenir la distance face au prochain Call of Duty, attendu en novembre, ou les joueurs repartiront-ils aussi vite qu’ils sont venus ?