Encore un jeu de tir d’extraction ? C’est ce que beaucoup pensaient avant le 30 octobre. Une semaine plus tard, ARC Raiders a fait taire les sceptiques. Le jeu d’Embark Studios a dépassé les 250 000 joueurs simultanés sur Steam dès son premier jour. Dimanche 2 novembre, il atteignait 350 000 joueurs et se hissait dans le top 5 de la plateforme. Mais derrière le succès d’ARC Raiders, une polémique enfle. Le studio a en effet utilisé des voix générées par IA pour ses personnages. Les robots tueurs du jeu ne sont visiblement pas les seules machines à avoir remplacé des humains.
Le succès d’ARC Raiders, une surprise de taille
Le principe reprend la formule de l’extraction. Le joueur part en expédition à la surface d’une Terre ravagée par des machines hostiles, les ARC. Il fouille, récupère du matériel puis tente de regagner Speranza, la cité souterraine où survivent les humains. S’il meurt en route, il perd tout ce qu’il transporte.
Les autres joueurs compliquent ensuite les choses. Ils cherchent les mêmes ressources et peuvent attaquer à tout moment. Le combat entre joueurs reste toutefois facultatif. Grâce au chat vocal de proximité, on peut aussi négocier, s’allier ou bluffer. Cette dimension sociale fait d’ailleurs le sel de nombreuses parties partagées sur les réseaux.
Le prix joue aussi en faveur du jeu. Vendu 39,99 euros, il coûte bien moins cher que les grosses productions. Il sort sur PC, via Steam et l’Epic Games Store, ainsi que sur PS5 et Xbox Series. Les évaluations Steam restent très positives, malgré quelques problèmes de serveurs au lancement.
Une genèse mouvementée
Le jeu revient pourtant de loin. Embark l’avait présenté en 2021 aux Game Awards comme un jeu de tir coopératif gratuit, centré sur le combat contre les machines. Le studio a ensuite complètement revu sa copie. ARC Raiders est devenu un jeu payant, avec une composante compétitive.
Patrick Söderlund, ancien patron de DICE et cadre d’EA, a fondé Embark Studios en 2018 à Stockholm. Le studio appartient à l’éditeur coréen Nexon. Il a déjà signé The Finals, un jeu de tir compétitif gratuit sorti fin 2023. Plusieurs vétérans de Battlefield font partie de l’équipe.
Techniquement, ARC Raiders tourne sous Unreal Engine 5. Le jeu affiche de beaux décors désolés, des effets de lumière soignés et des machines impressionnantes. Les performances restent correctes sur des configurations moyennes. Embark a manifestement soigné l’optimisation, un point de plus en plus scruté par les joueurs PC.
Des voix générées par IA qui fâchent
La polémique porte sur les voix. Embark a utilisé une technologie de synthèse vocale pour une partie des dialogues des personnages non joueurs. Ces voix reposent sur des enregistrements de vrais comédiens, que le studio dit rémunérer pour l’utilisation de leur voix. Le procédé n’est pas nouveau chez Embark, qui l’utilisait déjà dans The Finals.
Le studio justifie ce choix par la rapidité. Avec la synthèse vocale, il peut créer de nouvelles répliques en quelques heures, sans organiser de séances d’enregistrement. Pour un jeu-service, mis à jour en permanence, l’argument a sa logique.
Les critiques restent néanmoins nombreuses. Certains médias ont sanctionné le jeu dans leurs tests. Les comédiens de doublage dénoncent un précédent dangereux pour leur métier. Beaucoup de joueurs jugent aussi le résultat artificiel, avec des intonations plates. Rien ne trahit mieux une voix de synthèse qu’un marchand qui annonce une remise avec l’enthousiasme d’un répondeur téléphonique.
Embark utilise également l’apprentissage automatique pour animer ses machines. Les robots apprennent à se déplacer de façon réaliste, y compris quand ils perdent des membres. Ce recours à l’IA, plus technique, suscite beaucoup moins de débats.
Un genre où les géants trébuchent
Le succès surprend d’autant plus que le genre a fait des victimes. Escape from Tarkov, pionnier du genre, reste réservé à un public de puristes, après des années de bêta. Bungie, de son côté, a repoussé sine die son Marathon en juin, après une présentation fraîchement accueillie. Même Call of Duty a tenté l’expérience avec son mode DMZ, sans jamais vraiment convaincre.
ARC Raiders réussit donc là où des studios plus prestigieux ont échoué. Son secret tient sans doute à son accessibilité. Les parties restent lisibles. Chaque erreur coûte cher, mais pas trop. Les débutants trouvent ainsi vite leurs repères, même face à des joueurs chevronnés venus d’autres jeux du genre. Le jeu d’extraction, longtemps réservé aux masochistes, découvre enfin les joies de la courbe de progression.
Ce que ça change pour les développeurs
Pour les studios, ARC Raiders montre d’abord qu’un genre saturé peut encore réserver des surprises. Le jeu ne réinvente pas l’extraction, mais il la rend plus accessible et plus sociale. Son prix modéré et son ambiance soignée font le reste.
Le jeu rappelle ensuite qu’un studio peut changer de direction en cours de route. Abandonner le modèle gratuit et coopératif a demandé du courage. Le résultat donne raison à Embark, même si peu de studios peuvent se permettre un tel revirement.
Enfin, la polémique sur les voix pose une question qui concerne tout le secteur. Jusqu’où les studios peuvent-ils utiliser l’IA générative sans s’aliéner les joueurs et les créateurs ? Le succès commercial d’ARC Raiders pourrait encourager d’autres éditeurs à suivre la même voie. Les syndicats de comédiens, eux, comptent bien se faire entendre.
Le succès d’ARC Raiders confirme qu’Embark sait fabriquer des jeux qui accrochent. Le studio saura-t-il convaincre les sceptiques sur l’IA, ou cette polémique finira-t-elle par ternir son plus beau lancement ?
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