Valheim : cinq développeurs, Unity et deux millions de ventes en deux semaines

Deux millions d’exemplaires en moins de deux semaines. Valheim, sorti en accès anticipé le 2 février, a passé ce cap mardi. Il avait déjà franchi le million au bout de sept jours. Sur Steam, le jeu a atteint 360 000 joueurs simultanés, un chiffre que bien des jeux à gros budget n’approchent jamais. Derrière ce succès, on ne trouve ni grand éditeur ni budget marketing démesuré. On trouve cinq développeurs suédois, un moteur Unity et beaucoup de Vikings morts.

Valheim, ou l’art de faire beau avec peu

Le principe tient d’abord en une phrase. Le joueur meurt au combat et se réveille dans le dixième monde de la mythologie nordique, où il doit prouver sa valeur en abattant des créatures légendaires. Pour y arriver, il faut ensuite couper des arbres, construire une maison, fabriquer des armes et naviguer d’île en île. Jusqu’à dix joueurs peuvent partager la même partie. Le jeu se pratique seul, mais il prend toute sa dimension à plusieurs, quand la construction d’un drakkar tourne au débat d’architectes.

Sur le papier, rien de neuf. Le jeu de survie en monde ouvert existe depuis Minecraft. Steam en compte d’ailleurs des centaines. Valheim se distingue pourtant au premier coup d’œil. Ses modèles en polygones grossiers évoquent la fin des années 1990. Mais l’éclairage, l’eau, le brouillard et la végétation qui ondule sous le vent donnent un résultat superbe. Un coucher de soleil sur la mer suffit à vendre le jeu en une capture d’écran.

C’est en effet un choix de production autant qu’un choix artistique. Une petite équipe ne peut pas modéliser une forêt photoréaliste. Elle peut en revanche miser sur la lumière et l’ambiance, que le moteur gère pour elle. Le low poly, c’est un peu le jean brut du game design : ça ne se démode pas et ça cache bien les économies.

Cinq personnes et un moteur grand public

Iron Gate n’avait jamais sorti de jeu avant Valheim. Le studio compte cinq personnes et travaille sous Unity, le moteur le plus répandu chez les indépendants. Coffee Stain, le studio suédois derrière Goat Simulator et Satisfactory, s’occupe de la publication.

Concrètement, le jeu génère le monde de Valheim de façon procédurale à partir d’une graine. Chaque partie offre donc une carte différente, sans qu’une équipe d’artistes doive dessiner chaque île. Le combat et la construction reposent sur des systèmes simples qui se combinent bien entre eux. Iron Gate fournit aussi gratuitement les serveurs dédiés : les joueurs hébergent donc eux-mêmes leurs parties. Pour un studio de cinq personnes, c’est une décision très raisonnable. Les serveurs saturés d’Among Us, l’automne dernier, ont rappelé à tout le monde ce que coûte un succès imprévu.

Le jeu est par ailleurs léger. Le téléchargement pèse environ un gigaoctet, à une époque où certains jeux dépassent les cent. Il tourne correctement sur des configurations modestes, ce qui élargit d’autant le public potentiel. Avec la pénurie de cartes graphiques qui continue, ce détail compte plus que jamais.

Un accès anticipé déjà très complet

Valheim coûte environ 17 € en accès anticipé. Iron Gate promet plusieurs nouveaux biomes au fil des mises à jour, avec de nouveaux ennemis et de nouveaux boss. Le contenu actuel suffit pourtant à occuper un groupe d’amis pendant des dizaines d’heures. Les évaluations Steam sont massivement positives.

C’est finalement la même recette que celle de Hades l’an dernier. Il faut sortir en early access avec une boucle de jeu déjà complète et amusante, puis enrichir le jeu au fil du temps. La différence tient à l’échelle. Supergiant avait une réputation et un public fidèle. Iron Gate partait de zéro et a tout misé sur le bouche-à-oreille.

Pourquoi maintenant ?

Le contexte joue évidemment. Les jeux coopératifs ont la cote depuis un an, pour des raisons que tout le monde connaît. En plein hiver, avec des couvre-feux et des confinements un peu partout en Europe, beaucoup de joueurs cherchent un jeu à partager avec leurs amis en ligne. Valheim tombe au bon moment, comme Among Us l’été dernier. Les streamers ont fait le reste : Twitch a rapidement compté plus de 100 000 spectateurs devant le jeu.

Il serait toutefois injuste de tout mettre sur le compte de la chance. Beaucoup de jeux de survie sortent chaque mois en plein confinement, avec les mêmes streamers à portée de main. Très peu dépassent quelques milliers de joueurs. Valheim est un jeu solide, précis dans ses mécaniques et généreux dans son contenu. Son succès tient aussi à ce qu’il n’est pas. Ainsi, il ne demande pas d’abonnement et ne propose pas de boutique d’objets cosmétiques. On n’y trouve pas non plus de passe de combat. On paie une fois, on joue avec ses amis et on recommence quand on veut. En 2021, cette idée a presque quelque chose de révolutionnaire.

Le vrai défi commence maintenant

Pour Iron Gate, la suite s’annonce pourtant délicate. Deux millions de joueurs attendent désormais des mises à jour régulières, des corrections rapides et de nouveaux biomes. Cinq personnes ne suffiront sans doute pas longtemps à tout gérer, entre le code, la communauté et les serveurs de test.

Les petites équipes propulsées par un succès soudain connaissent bien ce piège. Grossir trop vite, c’est risquer de perdre ce qui faisait l’esprit du jeu. Ne pas grossir, c’est risquer de décevoir une communauté qui veut tout, tout de suite. Valheim gardera-t-il le rythme de développement que ses joueurs réclament, ou deviendra-t-il l’un de ces accès anticipés qui s’étirent pendant des années ?

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