Linux sur Steam recule à 3 % : la fin du rêve ou un bug statistique ?

Linux sur Steam

Chaque mois, c’est le même rituel. Valve publie son enquête matérielle et les amateurs de Linux se précipitent sur la ligne qui les concerne. En mars, c’était l’euphorie. En septembre, c’est la douche froide : la part de Linux sur Steam est tombée à 3,05 %.

Pour une année censée marquer l’avènement du jeu sous Linux, avec la Steam Machine en vitrine, le chiffre fait mal. Mais avant d’enterrer le pingouin, il faut regarder d’un peu plus près comment Valve fabrique ses statistiques. Spoiler : avec plus de hasard qu’on ne le croit.

Linux sur Steam : les chiffres de septembre

Selon GamingOnLinux, qui suit ces données de près, Linux pèse 3,05 % des utilisateurs de Steam en septembre 2026. C’est 0,85 point de moins qu’en août, où il atteignait 3,90 %.

Windows remonte à 95,03 %, en hausse d’un peu plus d’un point. macOS recule à 1,92 %. Dans le détail des versions de Windows, Windows 11 grimpe à 71,34 %. Windows 10 tient encore 23,61 %.

Le contraste avec le printemps est brutal. En mars 2026, Linux avait franchi pour la première fois la barre symbolique des 5 %, à 5,33 %. Les sites spécialisés parlaient alors d’un tournant historique. Six mois plus tard, la part a presque été divisée par deux.

Le grand mystère du chinois simplifié

Avant de conclure à l’exode des linuxiens, un détail saute aux yeux. En septembre, la part des utilisateurs en chinois simplifié a bondi de plus de 7 points. Celle des anglophones a reculé d’environ 4 points, selon Steam Deck HQ.

Ce phénomène n’est pas nouveau. GamingOnLinux le note régulièrement : quand le chinois simplifié monte dans l’enquête, Linux baisse. La raison est simple. En Chine, les joueurs sur Steam utilisent massivement Windows, souvent dans des cybercafés. Quand l’échantillon de Valve compte plus d’utilisateurs chinois, la part de Windows gonfle mécaniquement. Celle des autres systèmes diminue d’autant.

Le pic de mars s’explique d’ailleurs en partie par le phénomène inverse. En février, une poussée du chinois simplifié avait fait chuter Linux. Le rebond de mars correspondait en partie à un retour à la normale.

Comment Valve fabrique son enquête

C’est le point que beaucoup oublient. L’enquête matérielle de Steam n’est pas un recensement. Valve propose chaque mois un questionnaire à un échantillon d’utilisateurs choisis au hasard. Ils peuvent accepter ou refuser. La composition de cet échantillon varie donc d’un mois sur l’autre.

Le rédacteur de Steam Deck HQ le souligne : l’enquête interroge de petits échantillons inégaux. Il suffit qu’un mois tire davantage de joueurs d’une région donnée pour que tous les chiffres bougent. Les variations d’un mois sur l’autre doivent donc être lues avec beaucoup de prudence. Seule la tendance sur plusieurs mois a vraiment un sens.

Que dit la tendance de Linux sur Steam ?

Sur la durée, le tableau est plus nuancé que le chiffre de septembre ne le laisse penser. Linux a oscillé entre un peu plus de 2 % et plus de 5 % depuis le début de 2026, au gré des échantillons. Le rédacteur de Steam Deck HQ estime d’ailleurs que l’usage de Linux progresse probablement, malgré les soubresauts de l’enquête.

Un autre chiffre interpelle. SteamOS, le système de la Steam Deck et de la Steam Machine, ne représente que 17,37 % des utilisateurs Linux en septembre. En mars, il en pesait 24,48 %. Autrement dit, la majorité des joueurs sous Linux n’utilisent pas le système de Valve.

Les distributions classiques progressent. CachyOS arrive en tête avec 18,12 % des utilisateurs Linux, devant Arch Linux à 10,67 % et Linux Mint à 8,74 %. Ces chiffres suggèrent l’arrivée de joueurs sur PC de bureau, attirés par des distributions pensées pour le jeu. C’est peut-être le signal le plus intéressant de toute l’enquête.

La Steam Machine n’a pas fait de miracle

Il faut pourtant l’admettre : la Steam Machine n’a pas provoqué de raz-de-marée. Sortie le 29 juin à 1 049 dollars, elle souffre d’un prix gonflé par la pénurie de mémoire vive. À ce tarif, elle s’adresse à un public de passionnés, pas au grand public.

L’enquête de Steam ne distingue pas la Steam Machine des autres machines sous SteamOS. Impossible donc de mesurer précisément son impact. Mais une chose est sûre : elle n’a pas fait basculer le marché à elle seule.

Les obstacles qui demeurent

Plusieurs freins continuent de limiter l’adoption de Linux pour le jeu. Le premier reste l’anti-triche. Des jeux comme Fortnite ou Valorant refusent toujours de se lancer sous Linux. Ironie du calendrier, Nvidia vient d’obtenir le support natif d’Easy Anti-Cheat et de BattlEye pour Windows sur ARM, avec ses puces RTX Spark. Linux, lui, reste sur le bord de la route.

Le second frein tient aux habitudes. Pour un joueur qui ne connaît que Windows, changer de système reste une démarche intimidante. Même si Proton fait des merveilles pour lancer les jeux Windows, le passage demande un minimum de curiosité technique.

La fin du support de Windows 10 par Nvidia pourrait néanmoins pousser certains joueurs à tenter l’aventure. Ceux dont le PC refuse Windows 11 n’ont plus beaucoup d’options. Linux en fait partie.

Faut-il enterrer le jeu sous Linux ?

Clairement pas. Le chiffre de septembre ressemble davantage à un accident statistique qu’à un effondrement. Mais il rappelle aussi une réalité moins agréable pour les militants du logiciel libre : Linux reste ultra-minoritaire sur Steam. Les 5 % de mars étaient un symbole, pas une révolution.

Le vrai test viendra dans les prochains mois. Si la part de Linux sur Steam revient au-dessus de 4 % en octobre, septembre restera une anomalie. Si elle reste coincée autour de 3 %, il faudra se demander pourquoi la Steam Machine et la fin de Windows 10 n’ont pas suffi. Rendez-vous début novembre pour le prochain épisode ?

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