Unity 7 : le moteur qu’on disait mort sort en alpha

Unity 7

Il y a dix mois, Unity 7 avait officiellement rejoint le cimetière des projets abandonnés. Pas d’avis de décès, pas de fleurs, juste un silence assourdissant à la conférence Unite de Barcelone. Le site GameFromScratch avait alors titré sans prendre de gants : « Unity 7 is Dead ».

Début octobre, le mort s’est relevé. Unity a publié la première alpha publique de Unity 7.0, accessible depuis le Unity Hub. Comme quoi, dans le jeu vidéo, même les moteurs ont droit à une deuxième vie.

Reste à savoir ce que contient vraiment cette résurrection. Spoiler : moins de feux d’artifice que prévu, mais un chantier qui compte beaucoup pour l’avenir du moteur.

Unity 7 : de l’abandon au retour

Petit rappel. Unity 7 avait été présenté en 2024 comme une grande remise à plat. L’objectif était de nettoyer la dette technique accumulée depuis des années : unifier les pipelines de rendu, passer à un runtime .NET moderne et intégrer l’ECS au cœur du moteur.

Puis, à Unite 2025, plus rien. La feuille de route publique répartissait les nouveautés dans les versions 6.x successives. Unity annonçait un partenariat avec Epic Games et semblait avoir rangé son grand projet au placard. La communauté en avait tiré la conclusion logique.

Visiblement, il ne s’agissait que d’un changement de méthode. Plutôt qu’une révolution d’un coup, Unity a choisi de faire passer les fondations morceau par morceau dans Unity 6. Unity 7 devient ainsi l’aboutissement de ce travail, plus qu’une rupture brutale.

CoreCLR remplace Mono : le vrai cœur de l’alpha

La grande nouveauté de cette alpha tient en un mot : CoreCLR. Pour la première fois, l’éditeur Unity tourne sans Mono, le runtime C# historique du moteur. Il utilise désormais le runtime moderne de Microsoft.

Pour les non-initiés, c’est un peu comme changer le moteur d’une voiture sans toucher à la carrosserie. De l’extérieur, rien ne bouge. Mais sous le capot, tout le code C# des projets s’exécute désormais sur une base plus récente, mieux maintenue et plus performante à terme.

Il y a cependant un gros « mais ». Selon l’annonce de Unity sur ses forums, cette alpha cible toujours C# 9 et .NET Standard 2.1. Autrement dit, les développeurs ne profitent pas encore des dernières versions du langage. Unity vise C# 14 et .NET 10 à terme, mais précise ne pas pouvoir « encore s’engager sur une date publique ».

Ce que l’alpha ne fait pas encore

Les développeurs qui espéraient une transformation immédiate en sont pour leurs frais. Sur les forums, plusieurs ont exprimé leur déception : les temps d’itération ne sont pas plus rapides pour l’instant.

Unity 7 remplace pourtant le fameux « domain reload », ce rechargement complet du code qui fait patienter à chaque modification de script. Le nouveau système recharge uniquement les assemblages concernés. Sur le papier, c’est la fin d’un des grands supplices du développeur Unity. Dans la pratique, Unity reconnaît que le gain n’est pas encore là. Il faudra d’autres chantiers pour que la différence se fasse sentir.

L’éditeur l’admet d’ailleurs avec une franchise rafraîchissante : CoreCLR n’est « pas une solution miracle ». La démonstration de modification de code quasi instantanée, montrée lors d’un événement passé, relève encore du plan à long terme.

Côté objectifs, Unity est clair. La première version stable de Unity 7.0 visera la parité avec Unity 6.7 LTS, en fonctionnalités comme en stabilité. Les gains de performance sont repoussés à une version 7.X LTS ultérieure. Vous avez dit « refonte » ?

Les promesses de Unite Seoul

Pour trouver un discours plus enthousiaste, il faut se tourner vers la présentation de Unite Seoul relayée par Creative Bloq. Unity y promettait une compilation des shaders jusqu’à 90 % plus rapide et de l’illumination globale en temps réel. Le programme comprenait aussi un mode Play quasi instantané et une interface en ligne de commande publique.

Toujours selon Creative Bloq, une bêta est attendue en décembre, pour une sortie finale au premier trimestre 2027. Ces dates contrastent avec la prudence affichée sur les forums. Il faudra donc les prendre avec les pincettes d’usage.

Unity 7 : les autres changements techniques

Au-delà de CoreCLR, l’alpha prépare plusieurs évolutions de fond. Toutes les plateformes passent à une version mise à jour d’IL2CPP, la technologie qui convertit le code C# en C++ pour les consoles et le mobile. Unity standardise aussi la génération de projets et la compilation autour de MSBuild, l’outil de Microsoft. Pour les habitués de Visual Studio ou de Rider, cela devrait simplifier la vie.

Le rythme de publication change également. Les alphas sortent désormais deux fois par semaine, contre une toutes les deux semaines auparavant. Unity précise qu’il préférera sauter une version plutôt que d’en retarder une en cas de problème grave.

Faut-il passer à Unity 7 maintenant ?

Non. Et ce n’est pas nous qui le disons, c’est Unity lui-même. L’alpha est destinée à tester la compatibilité des projets, pas à la production.

Pour un studio, la bonne approche consiste à dupliquer un projet existant et à l’ouvrir dans l’alpha. Le but est de repérer ce qui casse : plugins, assets tiers, scripts qui s’appuient sur des comportements propres à Mono. Les problèmes repérés maintenant coûteront beaucoup moins cher que ceux découverts à trois semaines d’une sortie.

Pour les projets en cours, Unity 6.7 LTS reste la référence. Elle propose d’ailleurs déjà un player CoreCLR expérimental pour le bureau. C’est une bonne façon de tester le terrain sans quitter une version stable.

Une résurrection prudente

Au fond, ce retour de Unity 7 ressemble beaucoup à la nouvelle stratégie de l’entreprise : moins de grandes annonces, plus de livraisons progressives. Après les années chaotiques du Runtime Fee, c’est peut-être exactement ce dont les développeurs avaient besoin. Un moteur qui évolue sans tout casser vaut mieux qu’une révolution qui oblige à tout réécrire.

Reste une question que cette alpha ne tranche pas. Le passage à CoreCLR rendra-t-il enfin Unity plus rapide au quotidien ? Ou faudra-t-il attendre une hypothétique version 7.X, pendant que Godot et Unreal continuent d’avancer ? Les prochains mois le diront.

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