Ultima : Richard Garriott récupère sa saga grâce à une loi oubliée

Ultima : Richard Garriott

Imaginez vendre votre maison en 1992, puis la récupérer gratuitement trente-cinq ans plus tard, simplement en envoyant un courrier. Absurde ? Pas pour Richard Garriott. Le créateur d’Ultima affirme qu’il va reprendre les droits de sa saga à Electronic Arts en 2027. Sans verser un centime.

L’information est passée relativement inaperçue en France. Elle mérite pourtant qu’on s’y arrête. Pour les nostalgiques du RPG, c’est un petit événement. Pour l’industrie, c’est peut-être le début d’un mouvement beaucoup plus large.

Ultima, une saga fondatrice

Pour les plus jeunes lecteurs, un petit rappel s’impose. Ultima est l’une des séries fondatrices du jeu de rôle sur ordinateur. Le premier épisode est sorti au tout début des années 1980. Richard Garriott, alias « Lord British », a ensuite fondé Origin Systems pour développer la suite de la saga.

La série a posé une bonne partie des bases du RPG occidental : des mondes ouverts, des choix moraux, des systèmes de vertus. Sans Ultima, pas de Baldur’s Gate tel qu’on le connaît. Probablement pas de Fallout ou de The Elder Scrolls sous cette forme non plus. Ultima Online, sorti en 1997, a aussi largement défini ce que serait le MMORPG moderne.

En 1992, Garriott a vendu Origin Systems à Electronic Arts. La licence est partie avec. Le dernier épisode principal, Ultima IX, est sorti en 1999. Depuis, EA n’a proposé que des déclinaisons free-to-play, dont la plus récente, Ultima Forever, remonte à 2013. Autant dire une éternité à l’échelle du jeu vidéo.

Une loi américaine méconnue

Comment Garriott peut-il récupérer une licence qu’il a vendue ? La réponse tient dans une disposition du droit d’auteur américain, l’article 203 du Copyright Act. Ce texte permet à un auteur de mettre fin à une cession de droits 35 ans après l’avoir signée. Aucune somme n’a besoin d’être versée.

Garriott résume lui-même la situation dans une interview au youtubeur Jesse Petrilla, relayée par TweakTown. Il parle d’une « loi américaine vraiment étrange ». Le détenteur des droits doit simplement être prévenu à l’avance. Garriott affirme avoir notifié EA en avril 2026.

La réponse de l’éditeur, selon lui ? « Oui, nous savons que c’est la loi. Nous agirons en conséquence. » On a connu des divorces plus orageux.

Ce que Garriott compte faire d’Ultima

Le créateur reste prudent sur ses projets. « Cela signifie que je pourrais ressortir les premiers Ultima, mais aussi leur donner une suite », explique-t-il. Il évoque des rééditions, des remasters, une suite ou même « une expérience Ultima entièrement nouvelle ».

Il ne ferme pas non plus la porte à EA. Selon TweakTown, il discute avec l’éditeur pour savoir s’il serait pertinent de travailler ensemble sur l’avenir de la licence. Il glisse aussi une phrase qui en dit long : « Cela fait 26 ans qu’il n’y a pas eu de nouvel Ultima. »

Rappelons que Garriott n’a jamais vraiment quitté le genre. Après Ultima, il a lancé Tabula Rasa chez NCSoft, puis Shroud of the Avatar, présenté comme un successeur spirituel de sa saga. Entre-temps, il est aussi parti dans l’espace en touriste privé. Le CV le plus improbable de l’industrie.

Pas si simple : la question des « œuvres de commande »

Avant de sabrer le champagne, une nuance s’impose. Le droit américain distingue les œuvres créées par un auteur de celles réalisées dans le cadre d’un emploi, les « works made for hire ». Ces dernières appartiennent dès l’origine à l’employeur. Elles ne peuvent donc pas faire l’objet de ce mécanisme de récupération.

Or une bonne partie des Ultima ont été développés par les équipes d’Origin Systems. Garriott évoque la récupération de ses œuvres originales. Reste à savoir précisément quels titres sont concernés. Le reste de la saga suivra-t-il ? Les articles publiés jusqu’ici ne détaillent pas ce point. Nous ne sommes pas juristes, mais il y a là de quoi occuper quelques avocats.

Autre question en suspens : Ultima Online. Le MMO tourne toujours, plus de 25 ans après sa sortie. Le sort de ce jeu dans l’opération n’a pas été précisé.

Un précédent qui pourrait faire des petits

C’est sans doute l’aspect le plus intéressant de l’affaire. Le mécanisme de l’article 203 existe depuis longtemps dans d’autres domaines. Des musiciens l’ont utilisé pour reprendre leurs chansons. Le scénariste du premier Vendredi 13 s’en est servi pour récupérer les droits de son script.

Dans le jeu vidéo, en revanche, le cas Ultima fait figure de pionnier. Et le calendrier s’y prête. Les années 1980 et 1990 ont vu des dizaines de créateurs vendre leurs studios et leurs licences à de grands éditeurs. Trente-cinq ans plus tard, une partie de ces cessions arrive à l’échéance.

Combien d’auteurs de cette époque connaissent l’existence de cette loi ? Combien ont gardé les contrats nécessaires pour faire valoir leurs droits ? Et combien de licences dormantes pourraient ainsi revenir entre les mains de leurs créateurs ?

Ultima peut-il encore parler aux joueurs de 2027 ?

Récupérer une licence est une chose. La faire revivre en est une autre. Le public d’Ultima a vieilli avec la série. Les joueurs nés après 2000 n’en ont souvent jamais entendu parler.

Le succès récent de RPG exigeants comme Baldur’s Gate 3 montre pourtant qu’il existe un public pour les jeux de rôle riches et ambitieux. Une réédition soignée des premiers épisodes, voire un nouveau titre fidèle à l’esprit de la série, pourrait trouver sa place. À condition de ne pas compter uniquement sur la nostalgie.

Garriott a désormais un an pour décider de ce qu’il fera de sa saga. Ressortir les classiques tels quels, les moderniser ou repartir de zéro ? Et surtout : les joueurs d’aujourd’hui ont-ils encore envie de devenir l’Avatar ?

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