Unity 6 en version finale : le retour de la confiance ?

Il devait s’appeler Unity 2023 LTS. Il s’appelle finalement Unity 6. Il est disponible depuis le 17 octobre. Le moteur abandonne sa numérotation par année pour revenir à un numéro de version classique. Le changement de nom n’a rien d’anodin. Un mois après l’abandon de la Runtime Fee, Unity 6 en version finale doit tourner la page de deux années difficiles. Les nouveautés techniques sont nombreuses. Reste une question : Unity 6 marque-t-il le retour de la confiance ?

Unity 6 en version finale : les nouveautés

Le rendu concentre d’abord une grande partie des améliorations. Le GPU Resident Drawer permet d’afficher beaucoup plus d’objets à l’écran, en confiant une partie du travail à la carte graphique. L’occlusion par le GPU évite de dessiner ce que le joueur ne voit pas. Ces deux techniques promettent des gains importants dans les scènes chargées, sans changer le contenu du jeu.

Unity 6 introduit ensuite STP, une technique de mise à l’échelle maison. Le jeu calcule l’image en résolution réduite, puis la reconstruit en haute qualité. Le principe rappelle DLSS ou FSR, mais fonctionne sur toutes les plateformes prises en charge par le moteur, y compris les consoles portables et les téléphones. L’éclairage progresse également, avec les volumes de sondes adaptatifs, qui simplifient l’éclairage indirect dans les grandes scènes.

Le rendu universel, URP, gagne enfin le Render Graph, un système qui optimise l’utilisation de la mémoire et réduit la consommation d’énergie sur mobile. Pour une fois, les développeurs mobiles reçoivent une nouveauté qui ne se résume pas à un nouveau format de publicité.

Le multijoueur et le Web à l’honneur

Le multijoueur fait par ailleurs l’objet d’un vrai effort. Unity 6 propose un centre multijoueur qui guide les développeurs dans le choix des outils réseau. Le mode Multiplayer Play Mode permet de tester un jeu en ligne avec plusieurs instances directement dans l’éditeur. Une nouvelle topologie réseau, en bêta, permet de transférer l’autorité entre les joueurs quand la partie évolue.

Le Web progresse également. Unity 6 améliore la prise en charge des navigateurs, y compris sur mobile. Pour les développeurs de petits jeux en ligne, c’est une alternative crédible aux frameworks spécialisés. Unity a même organisé un concours de création avec la plateforme CrazyGames pour promouvoir cette nouveauté.

L’intelligence artificielle reste présente, sans pour autant tenir la vedette. Sentis, le moteur d’inférence, permet toujours d’intégrer des modèles d’IA dans les jeux. Unity évite pourtant d’en faire l’argument principal. Après les polémiques autour de l’IA générative, la prudence semble de mise.

Unity 6, le retour de la confiance ?

Le contexte compte pourtant autant que les fonctions. Unity 6 sort sans Runtime Fee, abandonnée le mois dernier. La licence gratuite Unity Personal s’applique jusqu’à 200 000 dollars de revenus annuels. L’écran de démarrage « Made with Unity » devient facultatif pour les jeux qui l’utilisent. Les tarifs des licences Pro et Enterprise augmentent en revanche dès janvier.

Matt Bromberg, le patron d’Unity depuis mai, multiplie les gestes d’apaisement. Lors de la conférence Unite, en septembre à Barcelone, il a répété que Unity voulait aider les développeurs à créer de bons jeux. Le discours tranche avec celui de son prédécesseur, qui traitait certains développeurs d’« idiots » en 2022. Il est plus facile de reconstruire la confiance quand on commence par ne pas insulter ses clients.

Les premiers retours sont d’ailleurs plutôt positifs. Des studios comme 10 Chambers, qui développe Den of Wolves, ont déjà adopté Unity 6 et saluent ses améliorations de performances. Reste que la confiance se mesure sur la durée. Les développeurs attendront de voir si Unity tient ses engagements sur plusieurs années.

Une stratégie de versions plus lisible

Unity revoit en outre sa manière de sortir les versions. Unity 6 servira de base pour plusieurs années. Des mises à jour comme Unity 6.1 arriveront régulièrement, sans changer de génération. Une prochaine génération du moteur est déjà en développement, avec l’intégration plus profonde du système ECS, orienté données.

Pour les studios, cette stabilité est précieuse. Elle évite aussi de devoir choisir chaque année entre une version stable et une version riche en nouveautés, un casse-tête que connaissent bien les utilisateurs du moteur. Changer de version de moteur en cours de projet coûte cher. Une génération longue permet de planifier sereinement un développement de plusieurs années.

Ce que ça change pour les développeurs

Pour les studios qui utilisent déjà Unity, la mise à jour vaut le détour. Les gains de performances concernent surtout les projets avec beaucoup d’objets à l’écran. STP offre une mise à l’échelle sans dépendre des technologies des fabricants de cartes graphiques. Le multijoueur devient enfin plus accessible aux petites équipes.

Pour ceux qui ont quitté Unity en 2023, le choix est plus délicat. Godot a progressé, Unreal reste solide. Revenir demande de réinvestir du temps et des compétences dans un outil dont on s’est méfié. Certains reviendront pour les projets mobiles ou multiplateformes, où Unity reste difficile à battre.

Pour les nouveaux venus, enfin, Unity 6 reste un choix raisonnable. Les écoles de jeux vidéo, qui enseignent massivement le moteur, ont toutes les raisons de continuer. La documentation, les tutoriels et l’Asset Store restent sans équivalent. Et la licence gratuite n’a jamais été aussi généreuse.

Unity 6 en version finale apporte des progrès techniques réels et un discours apaisé. Suffira-t-il à ramener la confiance des développeurs, ou faudra-t-il plusieurs années sans faux pas pour effacer le souvenir de 2023 ?

À lire : Unity Muse et Sentis : Unity mise tout sur l’IA

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *