Over the Hill : le créateur d’Art of Rally troque le chrono contre la boue

Over the Hill

Dune Casu a passé dix ans à nous apprendre à aller vite. Avec Over the Hill, sorti le 14 octobre sur Steam, il nous apprend à rester coincés dans une ornière pendant vingt minutes avec trois amis et un treuil. Le pire, c’est que ça marche.

Over the Hill, ou l’art de rouler à 15 km/h

Le principe tient en une ligne : un 4×4 inspiré des baroudeurs des années 1960 à 1980, une nature immense et aucun chronomètre. On choisit sa monture parmi une vingtaine de véhicules sans licence. Pourtant, tout amateur de Land Cruiser ou de Defender reconnaîtra les silhouettes d’un coup d’œil. Ensuite, on part. La première région s’inspire du Canada et se découpe en trois zones, d’abord accueillantes, puis franchement hostiles.

Pour avancer, il faut gérer la boîte courte, le blocage de différentiel et surtout son équipement. Des planches permettent de franchir une crevasse. Le treuil sort d’une ornière, le cric remet sur ses roues un véhicule retourné (ce qui arrive vite). Au passage, on photographie la faune pour remplir un carnet animalier, on traque des météorites et on franchit des portails qui ouvrent de nouvelles zones. La météo change, la nuit tombe, le terrain se déforme sous les pneus.

Les cailloux ramassés en route servent de monnaie chez les marchands. Ainsi, on habille son 4×4 avec de la peinture, une galerie de toit, un pare-buffle ou un kayak. Le kayak ne sert à rien, ce qui n’empêchera personne de l’acheter en premier.

Un pari risqué que Steam a validé avant la sortie

Sur le papier, le projet avait tout du suicide commercial. Un studio connu pour la course qui sort un jeu où l’on ne fait pas la course ? Dune Casu lui-même parlait d’un énorme risque au moment d’annoncer le report du jeu, d’abord prévu fin 2025. Les joueurs n’ont pas eu ces états d’âme. Annoncé en janvier 2025, Over the Hill a dépassé 1,2 million de listes de souhaits sur Steam. Sa démo a d’ailleurs attiré plus de 500 000 joueurs. Selon SteamDB, le jeu pointait au 21e rang des titres les plus attendus de la plateforme.

Le lancement confirme la tendance. À l’heure où ces lignes sont écrites, plus de 1 200 évaluations Steam affichent 92 % d’avis positifs. Le prix y est pour quelque chose : 24,99 dollars, avec 20 % de remise pendant les deux premières semaines. La bande originale, elle, se vend à part en DLC.

La presse coupée en deux par un 4×4

Côté critique, l’accueil est plus contrasté. C’est là que le jeu devient intéressant. Polygon estime que Funselektor vient d’inventer le jeu de conduite cosy. À l’opposé, GamesRadar+ y voit un « anti-jeu de conduite », lent, laborieux et frustrant. Selon le site, on y rejoue sans cesse les pires moments des jeux de conduite en monde ouvert. Entre les deux, TechRadar trouve l’expérience agréable mais trop mince pour tenir sur la durée.

Notre avis : GamesRadar+ a raison sur les faits et tort sur la conclusion. Over the Hill est lent, oui. Il fait galérer, évidemment. Mais c’est précisément le contrat. Les vétérans de MudRunner ou de SnowRunner connaissent le plaisir masochiste d’un franchissement réussi après dix tentatives. Funselektor en garde la sensation tout en jetant les contrats de livraison et l’interface d’ingénieur.

Le vrai reproche est ailleurs. Plusieurs joueurs signalent une physique capricieuse, capable de retourner un véhicule sur un terrain presque plat. Or, dans un jeu qui repose entièrement sur la conduite, ce défaut pèse plus lourd qu’un monde un peu vide. Se faire éjecter dans une rivière par un caillou de dix centimètres reste une expérience, mais pas forcément celle qu’on venait chercher.

Funselektor, le studio d’un homme et de son fourgon

Pour comprendre Over the Hill, il faut regarder d’où vient Dune Casu. Fondateur de Funselektor Labs à Vancouver, il sort Absolute Drift en 2015, un jeu de drift minimaliste vu de dessus. Cependant, c’est Art of Rally qui le fait connaître en 2020 : du rallye historique, des aplats de couleurs et une conduite exigeante. Casu y a travaillé en partie depuis un fourgon aménagé, en sillonnant les États-Unis, le Canada et le Mexique.

Over the Hill est né de ces voyages. Le mode balade libre d’Art of Rally en était d’ailleurs le brouillon. En 2025, le studio change encore de discipline avec Golden Lap, un jeu de gestion d’écurie de Formule 1 au look rétro. C’est là qu’apparaît un partenaire devenu central.

Strelka Games, l’associé italien du multijoueur

Basé à Trente, en Italie, Strelka Games est un studio indépendant spécialisé dans le multijoueur. On lui doit notamment Circle of Sumo, un jeu de lutte en ligne fondé sur la physique. Son cofondateur, Pietro De Grandi, est aussi directeur des opérations chez Funselektor. Les deux structures ne font donc plus vraiment semblant d’être séparées. Over the Hill est un codéveloppement assumé. La coopération jusqu’à quatre joueurs, avec une progression partagée entre solo et multi, porte clairement la patte italienne.

Le plus frappant reste la taille de l’équipe. Selon Casu, l’ensemble compte entre 12 et 14 personnes, salariés, temps partiels et prestataires confondus. Presque tous travaillent en Europe, sauf Casu, resté au Canada. De Grandi raconte que le studio visait au départ un projet plus modeste. Puis l’engouement des premiers tests a poussé l’équipe à investir davantage. Un rare cas où les listes de souhaits ont fait grossir un jeu au lieu de le faire sortir trop tôt.

Unity, encore et toujours

Côté technique, pas de surprise : Over the Hill tourne sous Unity. Casu l’explique simplement, c’est « ce que l’équipe connaît le mieux ». Le choix a ses limites et le créateur ne les cache pas. Les mods se limiteront d’abord aux livrées partageables, car le modding sous Unity relevait selon lui du cauchemar. Pas de cartes faites par la communauté, donc. En revanche, l’optimisation semble tenir. Le jeu tourne correctement sur Steam Deck malgré de longues distances d’affichage. Pour un monde ouvert produit par une équipe de cette taille, ce n’était pas gagné.

Reste la question du contenu. Les versions PS5, Xbox Series et Switch 2 arrivent en 2027, avec un jeu croisé entre PC et consoles déjà confirmé. D’ici là, Funselektor doit prouver qu’un monde sans objectif retient les joueurs plus de quelques soirées. Une équipe de quatorze personnes aura-t-elle les moyens d’alimenter en cartes et en véhicules plus d’un million de curieux ?

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