Josef Fares est reparti avec le trophée le plus convoité. Jeudi 9 décembre, It Takes Two a décroché le titre de jeu de l’année aux Game Awards 2021. Le jeu coopératif de Hazelight, édité par EA, a battu Deathloop, Metroid Dread, Psychonauts 2, Ratchet & Clank: Rift Apart et Resident Evil Village. Quatre ans après sa tirade mémorable sur la même scène, le réalisateur suédois y remonte cette fois pour la récompense suprême. Pour le jeu PC, la soirée offre aussi l’occasion de faire le bilan d’une année étrange.
It Takes Two, le sacre de la coopération
It Takes Two ne se joue qu’à deux, en ligne ou sur le même canapé. On y incarne un couple au bord du divorce, transformé en poupées par un livre magique. Chaque chapitre invente ainsi de nouvelles mécaniques, toujours pensées pour deux joueurs qui doivent coopérer. Le jeu passe du jeu de plateforme au jeu de tir, du puzzle à la course, sans jamais se répéter.
Techniquement, le jeu repose sur Unreal Engine 4. Commercialement, il repose sur une idée maligne : le Friend’s Pass. Un seul joueur achète le jeu et invite gratuitement un ami à le rejoindre en ligne. Hazelight avait déjà testé la formule avec A Way Out en 2018. Elle prouve ici qu’un jeu en coopération obligatoire peut toucher un large public, sans doubler la facture.
Aux Game Awards 2021, le jeu remporte aussi le prix du meilleur jeu familial et celui du meilleur jeu multijoueur. Pour un jeu qui oblige deux personnes à se parler pendant quinze heures, gagner le prix du meilleur jeu familial a quelque chose de courageux.
Les autres lauréats des Game Awards 2021
Deathloop repart avec deux prix importants : meilleure réalisation et meilleure direction artistique. C’est une belle récompense pour Arkane Lyon, le studio français racheté avec Bethesda par Microsoft. Marvel’s Guardians of the Galaxy, d’Eidos Montréal, décroche le prix de la meilleure narration, de quoi saluer un jeu que la critique avait apprécié dès sa sortie.
Kena: Bridge of Spirits rafle les prix du meilleur jeu indépendant et du meilleur premier jeu indépendant. Ember Lab, studio d’animation qui signe là son premier jeu, l’a développé sous Unreal Engine. Forza Horizon 5, de Playground Games, collectionne les prix de la meilleure conception sonore, du meilleur jeu de course et de l’innovation en matière d’accessibilité. Returnal remporte enfin le prix du meilleur jeu d’action et Metroid Dread celui du meilleur jeu d’action-aventure.
Comme chaque année, la soirée a d’ailleurs servi de vitrine aux annonces. Remedy a dévoilé Alan Wake 2. Elden Ring a reçu le prix du jeu le plus attendu. Epic a surtout frappé fort avec The Matrix Awakens, une démonstration jouable d’Unreal Engine 5 sur PS5 et Xbox Series. Gratuite, elle montre une ville entière en temps réel, avec des passants et des voitures gérés par le moteur. Les développeurs sous Unity ont dû passer une très longue soirée.
2021, une année PC paradoxale
Côté PC, 2021 restera une année paradoxale. Les joueurs n’ont jamais eu autant de bons jeux à se mettre sous la dent, ni autant de mal à s’équiper pour en profiter. D’un côté, le matériel est resté introuvable. La pénurie de cartes graphiques a duré toute l’année, avec des prix délirants chez les revendeurs. Valve a en plus repoussé à février 2022 la sortie de la Steam Deck, annoncée en juillet. Beaucoup de joueurs ont dû se contenter de leur vieille configuration.
De l’autre, l’année a été riche en jeux, souvent issus de petites équipes. Valheim et ses cinq développeurs suédois ont ouvert le bal en février. Loop Hero a suivi en mars, puis Inscryption en octobre. Ces trois succès ont un point commun : ils tournent très bien sur une machine modeste. La pénurie a peut-être profité aux jeux qui ne demandent pas de carte graphique dernier cri.
Par ailleurs, Microsoft a confirmé que le PC comptait vraiment pour lui. Forza Horizon 5, Halo Infinite et Age of Empires IV sont tous sortis le jour même sur PC, souvent sur Steam et dans le Game Pass. Pour les joueurs PC, cette stratégie change la donne. Il y a quelques années encore, les grandes licences Xbox arrivaient sur PC en retard, ou pas du tout.
Ce que l’année annonce pour les développeurs
Pour les studios, 2021 aura surtout été l’année des outils. Unreal Engine 5 est arrivé en accès anticipé en mai. MetaHuman Creator permet désormais de créer des humains réalistes en quelques minutes. Unity, de son côté, a multiplié les rachats, jusqu’aux outils de Weta Digital en novembre. La bataille des moteurs n’a jamais été aussi intense.
The Matrix Awakens montre où Epic veut aller : des mondes immenses, détaillés et générés en partie de façon procédurale. Les succès indépendants de l’année montrent pourtant une autre voie, faite de concepts forts, de petites équipes et de graphismes assumés. Les deux mondes coexistent. Ils ne s’adressent simplement pas aux mêmes studios. Un indépendant n’a ni le budget ni l’envie de modéliser une métropole entière. Il préférera souvent un jeu court, singulier et facile à faire tourner, à l’image de ceux qui ont marqué l’année.
It Takes Two a gagné avec une idée simple et une exécution impeccable : jouer ensemble. En le sacrant, les Game Awards 2021 ont peut-être signalé une tendance de fond. Les jeux coopératifs auront-ils la cote en 2022, ou le multijoueur compétitif reprendra-t-il tous ses droits ?
À lire : Blizzard dans la tempête : au tour de Diablo 4 de perdre sa tête