Pendant que Unity ressuscite son Unity 7 en alpha, les moteurs libres ne restent pas les bras croisés. Godot 4.8 vient d’entrer dans sa dernière ligne droite avant la bêta. Bevy, le moteur écrit en Rust, a publié sa version 0.20 avec un rendu en path tracing temps réel.
Deux projets très différents, une même tendance de fond. Les développeurs indépendants ont désormais de vraies alternatives à Unity et Unreal. Et ces alternatives avancent vite. Peut-être même plus vite que certains ne l’auraient souhaité à San Francisco.
Godot 4.8 : le gel des fonctionnalités est atteint
Commençons par le plus connu des deux. Le 29 septembre, l’équipe de Godot a publié la septième version de développement de Godot 4.8. Elle marque le gel des fonctionnalités. Concrètement, plus aucune nouveauté ne sera intégrée à cette version. Les développeurs se concentrent désormais sur la correction de bugs avant le passage en bêta.
Ce dernier lot de nouveautés est assez riche. On y trouve le renommage de symboles à l’échelle d’un projet entier, encore expérimental et à activer manuellement. La vue de jeu permet aussi de déplacer, redimensionner ou faire pivoter les éléments 2D pendant l’exécution, avec annulation possible.
Les décals peuvent désormais être animés. Les requêtes physiques évitent des allocations mémoire inutiles. Le support tactile natif progresse. Et l’interface peut jouer des sons sur les événements courants grâce aux thèmes.
L’accessibilité et le mobile progressent
Un point mérite d’être souligné. Godot 4.8 étend le support des lecteurs d’écran à iOS et Android via AccessKit. Jusqu’ici, cette fonctionnalité était réservée aux versions de bureau. Pour les jeux mobiles, c’est un vrai progrès en matière d’accessibilité.
Attention en revanche pour les développeurs C# : la version .NET de Godot exige désormais .NET 10 ou plus récent. Et une limitation connue touche les exports Linux : les contrôles intégrés du Steam Deck ne fonctionnent pas en mode jeu. Le passage en mode bureau sert de solution temporaire.
Godot ne cesse de gagner du terrain
Godot 4.8 s’inscrit dans une année déjà chargée. La version 4.6, sortie en janvier, a fait de Jolt le moteur physique par défaut. La version 4.7, sortie en juin, a apporté le support HDR, les lumières de surface et une nouvelle boutique d’assets.
Les chiffres d’adoption suivent. Lors du Steam Next Fest de février 2026, GameDiscoverCo a recensé 9 % de démos développées sous Godot. Un an plus tôt, ce chiffre tournait autour de 6 %. Unity reste très largement en tête avec 52,2 %, devant Unreal à 17,9 %. Mais la progression est nette.
Côté vitrine, le moteur peut désormais compter sur des noms solides. Slay the Spire 2, de Mega Crit, a quitté Unity pour Godot après la polémique du Runtime Fee. Battlefield 6 utilise même Godot pour l’éditeur de cartes de son mode Portal. Qui l’eût cru il y a cinq ans ?
Bevy 0.20 : le Rust à l’assaut du path tracing
Passons maintenant au petit frère, plus pointu. Bevy est un moteur open source écrit en Rust, qui mise sur une architecture ECS pure. Il s’adresse surtout aux programmeurs à l’aise avec le code, car il ne propose toujours pas d’éditeur visuel.
La version 0.20, publiée le 8 octobre, met en avant Solari, son moteur de rendu en path tracing temps réel. Selon l’annonce officielle, Solari gagne en qualité d’image et en performances. Il fonctionne désormais aussi sur macOS via Metal.
Bevy adopte aussi WESL, une extension standardisée du langage de shaders WGSL, à la place de son ancien dialecte maison. Parmi les autres nouveautés, on trouve une nouvelle syntaxe de scènes, de nouveaux widgets d’interface et un support initial des mesh shaders. Cette version compte 227 contributeurs et 817 pull requests. Pour un projet communautaire, c’est considérable.
Bevy, pour qui ?
Soyons honnêtes : Bevy n’est pas un moteur pour débutant. Pas d’éditeur, une API qui change encore à chaque version et une migration à prévoir à chaque mise à jour. L’annonce elle-même précise que plusieurs fonctionnalités restent incomplètes. Solari, par exemple, ne gère pas encore certaines sources de lumière.
En revanche, pour un programmeur qui aime Rust et veut un contrôle total sur son moteur, Bevy devient une option de plus en plus sérieuse. Le langage garantit une sécurité mémoire que le C++ n’offre pas. Et l’architecture ECS facilite la gestion de milliers d’entités.
Godot 4.8, Bevy ou Unity : lequel choisir ?
La réponse dépend avant tout de votre profil.
Pour un développeur solo ou une petite équipe qui veut un éditeur complet et gratuit, Godot reste l’alternative la plus évidente à Unity. Sa licence MIT n’impose aucune redevance. L’installation pèse quelques centaines de mégaoctets, contre une vingtaine de gigaoctets pour Unity. Pour un premier projet 2D, c’est un excellent choix.
Pour un programmeur qui veut comprendre et maîtriser chaque rouage de son moteur, Bevy est une aventure passionnante. Mais c’est une aventure.
Unity garde quant à lui des arguments solides : un écosystème d’assets gigantesque, des ports console simplifiés et une documentation abondante. Pour un projet commercial ambitieux, notamment sur mobile, il reste difficile à détrôner.
Le monopole n’existe plus
Au fond, la vraie nouveauté de 2026, c’est la fin du choix par défaut. Il y a dix ans, un indépendant prenait Unity sans se poser de questions. Aujourd’hui, il compare. Il teste. Il lit les licences avant de signer.
Même les géants s’y mettent : Capcom vient de publier en open source RE:Dox, un composant de son RE Engine. Le logiciel libre n’est plus une curiosité de passionnés. C’est devenu une option industrielle crédible.
Reste à savoir jusqu’où ira cette dynamique. Godot atteindra-t-il un jour les 20 % des démos Steam ? Bevy sortira-t-il enfin son éditeur ? Et Unity, avec sa refonte CoreCLR, parviendra-t-il à reconquérir ceux qui sont partis ?
À lire : Unity vs Unreal Engine en 2026 : lequel choisir pour votre prochain jeu ?