Unity abandonne le Runtime Fee : fin du feuilleton

Un an presque jour pour jour après son annonce, la Runtime Fee n’est plus. Jeudi 12 septembre, Matt Bromberg, le patron d’Unity, a publié un message sans ambiguïté. Unity supprime la redevance par installation pour les jeux, avec effet immédiat. En échange, Unity augmente le prix de ses abonnements payants. Avec cette décision, Unity abandonne le Runtime Fee et tourne la page d’un feuilleton qui lui aura coûté cher. Reste à savoir si les développeurs, eux, ont vraiment tourné la page.

Unity abandonne le Runtime Fee : ce qui change

Concrètement, le message de Matt Bromberg tient en une phrase : Unity annule la Runtime Fee pour ses clients du jeu vidéo, avec effet immédiat. Les studios reviennent donc au modèle classique, fondé sur des abonnements par poste. Ce modèle s’appliquera aussi à Unity 6, la prochaine version du moteur, attendue d’ici la fin de l’année.

La licence gratuite Unity Personal en sort même renforcée. C’est la vraie bonne surprise de l’annonce. Son plafond de revenus et de financement double, de 100 000 à 200 000 dollars par an. L’écran de démarrage « Made with Unity » devient en outre facultatif pour les jeux réalisés avec Unity 6. Après un an de polémique, Unity offre aux petits studios ce qu’ils réclamaient depuis des années : le droit de ne pas faire de publicité gratuite au moteur.

En revanche, les licences payantes augmentent. Unity Pro passe à 2 200 dollars par an et par poste, soit une hausse de 8 %. Unity Enterprise augmente de 25 %. Ces nouveaux tarifs s’appliqueront à partir du 1er janvier 2025. Par ailleurs, Unity promet de n’envisager des hausses de prix qu’une fois par an au maximum.

Retour sur un an de feuilleton

Le feuilleton avait commencé, rappelons-le, le 12 septembre 2023. Unity annonçait alors une redevance par installation, applicable dès janvier 2024, y compris aux jeux déjà sortis. La réaction des développeurs avait été d’une rare violence. Des studios comme Mega Crit ou Massive Monster menaçaient de quitter le moteur ou de retirer leurs jeux des boutiques.

Dix jours plus tard, Unity reculait une première fois. La redevance épargnait désormais le moteur gratuit. Elle se limitait aux versions futures et restait plafonnée à 2,5 % des revenus. Le mal était pourtant fait. Entre-temps, la colère s’était propagée bien au-delà des forums spécialisés. Des milliers de développeurs ont découvert Godot, dont les dons ont explosé. Beaucoup ont commencé à se former à d’autres outils.

Le feuilleton a ensuite coûté sa place à John Riccitiello. Le patron d’Unity a quitté l’entreprise en octobre 2023. Unity a aussi supprimé environ 1 800 postes en janvier 2024, soit un quart de ses effectifs. Matt Bromberg, ancien dirigeant de Zynga, a pris la tête de l’entreprise en mai. Rarement une ligne de tarif aura fait tomber autant de têtes.

Pourquoi maintenant

Officiellement, Matt Bromberg explique sa décision par la volonté de reconstruire la confiance avec les développeurs. Il reconnaît implicitement que la Runtime Fee a fait plus de mal que de bien. Le modèle par installation inquiétait les studios, sans rapporter les revenus espérés.

Le calendrier, lui, n’est pas anodin. Unity 6 doit sortir dans quelques semaines. Le nouveau patron veut donc que cette version marque un nouveau départ. Lancer un moteur avec une redevance aussi impopulaire aurait compromis son adoption. Supprimer la Runtime Fee maintenant permet de présenter Unity 6 sur des bases plus saines.

Les hausses de prix compensent toutefois en partie le manque à gagner. Unity reste une entreprise cotée, qui doit prouver sa rentabilité à ses actionnaires. Mais les studios préfèrent un abonnement plus cher et prévisible à une redevance imprévisible. Cette fois, au moins, la facture se calcule à l’avance, sans mauvaise surprise.

Ce que ça change pour les développeurs

Pour les petits studios, la nouvelle est d’abord bonne. Unity Personal reste gratuit jusqu’à 200 000 dollars de revenus annuels. Les jeux indépendants peuvent se passer de l’écran de démarrage. La redevance par installation n’existe plus. Le moteur redevient ainsi une option sérieuse pour un premier projet, notamment pour les étudiants et les équipes qui découvrent le développement.

Pour les studios plus importants, en revanche, la hausse des tarifs pèse un peu plus. Un studio de vingt personnes sous Unity Pro paiera quelques milliers de dollars supplémentaires par an. La somme reste modeste à l’échelle d’un projet de plusieurs années. Elle n’a rien de comparable avec les craintes suscitées par la Runtime Fee.

Reste enfin la question de la confiance. Beaucoup de développeurs ont en effet retenu la leçon de 2023. Un éditeur de moteur peut changer ses conditions du jour au lendemain. Certains ont déjà migré vers Godot ou Unreal et ne reviendront pas. D’autres resteront sous Unity, mais garderont un œil sur les alternatives.

Un moteur à reconquérir

Unity garde cependant des atouts considérables. Le moteur reste le plus utilisé du jeu mobile et du jeu indépendant. Son Asset Store, sa documentation et sa communauté restent sans équivalent. Pour beaucoup de développeurs, changer de moteur coûterait trop cher. Des années de compétences, d’outils maison et de projets accumulés ne se transfèrent pas en un claquement de doigts. Unity le sait. Il compte sans doute sur cette inertie autant que sur son nouveau discours.

Unity abandonne le Runtime Fee et referme un chapitre douloureux de son histoire. Ce geste suffira-t-il à reconquérir les développeurs partis, ou la confiance perdue en 2023 restera-t-elle durablement entamée ?

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